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27 décembre 2007
Chapitre 8 – Le concert
Je me sens tomber, mais plus je tombe, plus je ralentis. Peu à peu, je suis aussi légère qu’une plume et mon pied se pose tout doucement sur un lit moelleux. Je me laisse tomber et je ris. Comme je me sens bien. Je me sens libre! Le ciel est tout noir, maintenant, mais bientôt, les étoiles apparaissent, une à la fois.
— Venez, mes belles étoiles, c’est l’heure…
Je me retourne vers cette douce voix et devant mes yeux se trouve une femme merveilleuse. Les mouvements de ses bras se font tout en douceur et les étoiles se présentent à elle, chacune à leur manière. Elles sont blanches, bleues, rouges, mauves, jaunes… Et lorsqu’elles sont toutes là, la femme se tourne vers moi. Je peux voir l’infini dans ces yeux.
— Approche…
Mon corps s’avance malgré moi.
— Bienvenue à toi, Fë. Tu peux jouer de mes étoiles, elles te connaissent, n’est-ce pas?
Son sourire ne fait aucun doute, mais moi je ne sais plus. Jouer des étoiles?
— Regarde qui est-là?
Elle m’indique un endroit en bas de la colline et j’y vois Sauvage.
— Il vient ici pour calmer son cœur… et pour fuir la sorcière. Peut-être que jouer sa mélodie l’aiderait à apaiser… son âme. Il a besoin de toi…
Je baisse la tête. Besoin de moi? Comment puis-je l’aider quand chaque fois que je l’approche, une douleur indescriptible me traverse tel un éclair. C’est au-dessus de mes forces. Mais tout le monde pense que je peux lui venir en aide…
— Comment joue-t-on des étoiles?
— Chacune d’elle a une note particulière. Touche-les et tu te souviendras de cette mélodie…
Je regarde les étoiles en question. Chacune vibre d’un mouvement qui lui est propre. Je touche à une première étoile. J’ai l’impression de la chatouiller, mais un son magnifique se fait entendre. Et je sens des fourmillement dans mes doigts. Eux se souviennent. Et je les laisse faire.
La musique que je crée me pénètre et me fait pleurer. C’est si triste, mais si beau. J’ai l’impression d’appeler Sauvage. « Laisse-moi t’aider… » Des images se bousculent devant mes yeux, mais je n’arrive à n’en saisir aucune. Je dois me souvenir. Allez, Fë, rappelle-toi! Je le connais, je connais Sauvage, mais son souvenir est fade, pire, il s’est effacé tel un dessin sur une plage. Des vagues de… peur? sont venus tout détruire. Une menace (la sorcière?) a détruit toutes les chances de me souvenir. Mais est-ce vraiment définitif?
J’arrête de jouer et je veux aller à la rencontre de Sauvage. Mais il m’a devancée. Sur son visage se lit la stupeur. Il ne peut pas me faire de mal, que j’essaie de me convaincre, mais je n’y crois pas vraiment. Pourtant, m’a-t-il déjà fait le moindre mal? Et si c’était « son » mal que je ressens chaque fois? Confiante (?) j’avance d’un pas.
— Reste-là, ne fait pas un pas de plus!
— Sauvage, il n’est pas trop tard, je peux t’aider…
La terre tremble. Mon cœur bat à tout rompre, menaçant de sortir de ma poitrine. Un cri sourd entre dans mes oreilles et menace de tout détruire. Et là, devant moi, Sauvage est autre. Il n’est plus Sauvage, mais un être diabolique, jouant de l’air. Des objets invisibles me frôlent. Malgré ma peur, j’ose regarder Sauvage dans les yeux. Là réside encore une parcelle du gentil Sauvage, de celui qu’il fut jadis, dans mes souvenirs. Oui, il fut un temps où tout était différent. Sans trop me rappeler, je veux y croire. Droite et fière, je lui tend la main.
— Peux-tu vraiment me faire du mal?
Le monstre devant moi veut s’approcher, mais Sauvage se bat contre lui-même et se force à reculer.
— Retourne là-bas, FëryKat! Jamais tu ne réussiras contre elle…
Puis, un terrible son venant de très loin retentit et fait fuir les étoiles. Sauvage est parti, me laissant en proie à une étincelle d’espoir.
— Je vais me souvenir de toi, Sauvage, et je battrai cette sorcière. Je te le promets!
19:05 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
21 décembre 2007
Chapitre 7 - Circus-Minus
Nous marchons jusqu’à un arbre énorme aux branches duquel se tend une balançoire. La petite fille s’installe et se balance.
— Je suis prête!
— Qui es-tu?
— Amy, la petite albinos.
— Parle-moi de Sauvage.
— Je ne sais pas tout, mais je sais qu’il est triste. La sorcière a tous les pouvoirs sur lui. Maman m’a dit qu’il n’a pas toujours été ainsi.
— Qui est cette sorcière?
— Une méchante femme. Personne ne sait qui elle est et pourquoi elle est ici. Par contre, les choses changent, rien n’est plus vraiment comme avant.
— Sauvage a parlé d’un certain Passeur?
— C’est lui qui t’a emmené ici!
Elle arrête la balançoire et se met à marcher. Puis, elle se tourne vers moi et avec un sourire, me demande :
— Tu vas l’aider, Sauvage, hein?
— Mais je ne sais pas comment?
— Tu vas trouver, j’en suis sûre!
Et elle prend ma main pour une autre fois et m’oblige à la suivre, ne me laissant pas la liberté de réfléchir à tout ça.
Bientôt, nous arrivons en vue d’un chapiteau au couleur rouge et blanc. Avant même d’entrée, une affiche nous préviens qu’un spectacle aura lieu. C’est la troupe Circus-Minus qui déploie ces couleurs. Amy se met à sauter et rigole.
— Comme je suis contente. Je n’étais pas sûre qu’ils soient arrivés. Allons-y!
Elle court tout en trébuchant et je la suis. À l’entrée, on me colle sur la main le dessin d’un ballon rouge. Tout d’abord, il y a des maquilleuses. Une d’elles prend en charge mon visage et en quelques secondes, fait de moi une clown. Puis, on m’habille d’un costume rouge et or. Je suis métamorphosée. Avec Amy qui elle aussi est transformée et d’autre personne que je ne connais pas, nous nous retrouvons sur la piste. Tout autour de nous, les estrades sont remplies. Je me rends bien compte que j’aurai à faire un spectacle, mais comme je ne me crois pas capable de faire la comique, je fige. Les autres font rire, même Amy, mais je n’ose pas bouger. J’aperçois un monocycle et c’est plus fort que moi, je vais le chercher. J’y grimpe, ne sachant trop si je réussirai à y monter, mais ne suis-je pas dans un monde au-delà de toute imagination?
Et me voilà qui pédale, et ce n’est même pas difficile. Je sors de mes poches de petites balles et je me mets à jongler. C’est facile! Je fais le tour de la piste et je vais même jusqu’à rouler sur un fil de fer qui monte vers un trou dans la tente. Il n’y a plus un bruit. Tout le monde retient son souffle. Du feu entoure l’ouverture et voilà que je me sens pousser… des ailes?!?! Je continue et je sors. Je laisse tomber le monocycle et voilà que je vole avec mes nouvelles ailes. Je vole vraiment!
Au loin, je vois le soleil qui colore le ciel d’une teinte orangée. Je me sens légère. Pas seulement mon corps… mon cœur aussi. Des chevaux-nuages me dépassent et j’ai le temps dans chevauché un. Malgré sa course effrénée, j’ai l’impression d’aller au ralenti. J’entend les échos lointains d’un passé oublié. « Aller, Fë, le premier arrivé gagne un… » Un quoi? Mais je tombe… J’ai perdu mes ailes!
01:05 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
19 décembre 2007
Chapitre 6 - Le jardin
Je suis étendue sur le dos. Je vois le plafond de feuilles au-dessus de ma tête. Tout est calme. J’entends des oiseaux chanter, il y a des murmures aussi. Une brise fraîche me caresse le visage. Je suis au chaud maintenant. Et Sauvage me regarde. « Il est trop tard pour moi… »
Je me réveille en sursaut et je cris :
—Sauvage, il n’est pas trop tard!
Pourtant, il n’est plus là. Mon cœur bat la chamade. Je sais que j’ai été témoin de quelque chose d’important, mais je n’arrive pas à cerner l’évidence. Mes pensées se bousculent dans ma tête. Le simple fait de dire son nom me fait mal. La douleur est atroce, car j’ai l’impression qu’elle n’a pas lieu d’être…
Je me lève difficilement. J’ai l’impression d’avoir vieilli de mille ans! Je respire un grand coup. Ça sent bon la fleur sauvage. Je regarde plus en détail le décor. Les arbres respirent et même chuchotent. Les fleurs dansent et les oiseaux rient. La nature abonde de mille et une espèces d’oiseaux et des papillons volent tout autour de moi. Dire que « dehors », c’est l’hiver. J’emprunte un petit sentier de pierre qui fait un arc en pente et j’arrive à une chute où des cygnes glissent silencieusement sur l’eau du bassin. C’est majestueux. Je m’approche et je regarde dans le petit lac. Des poissons aux multiple couleurs y nagent. Le fond de l’eau est tapissé par des cailloux aux reflets d’argent. Je plonge ma main et en prend un. La surface du caillou est tellement polie que je peux me voir dedans. Mon reflet me fait un clin d’œil et me sourit. Troublée, je lui souris timidement en retour.
Les cygnes se sont approchés et m’invitent à venir me baigner.
— Non, merci, et je m’éloigne.
Je continue ma promenade. Le sentier continue et me voilà à monter des marches. Tout en haut, une porte. Cette porte m’attire, indéniablement. Mon désir l’emporte et je frappe doucement. Aucune réponse. J’entre. Je sens la nostalgie se faire une place en moi. Tout, dans cette pièce, me rappelle quelque chose, mais je ne me souviens plus. J’ai le souvenir sur le bout de la langue! Et le désir de me souvenir ce fait imprécis et m’emporte au-delà du vrai et du faux.
Au fond de la pièce, il y a un semblant de lit et une courte-pointe le couvre. Cette couverture semble ne pas avoir sa place en ce lieu. Je décide de m’y asseoir et je regarde de plus près les pièces qui composent l’édredon. Telles des pièces de casse-tête, les images me racontent une histoire. « Souviens-toi! » Je me lève, soudain. Je me dépêche à sortir de cette pièce aux souvenirs flous et instables. Et je cours.
Après quelques minutes, je m’arrête, essoufflée. Je suis de retour à l’entrée de cette « forêt ». Une petite fille m’y attend.
— Te voilà enfin!
C’est la petite fille qui est venue me chercher pour sauver Calli. Elle me prend la main.
— Il faut que tu te changes les idées.
Elle tire sur mon bras, mais je l’arrête. Je m’accroupie pour être à sa hauteur.
— Puis-je te poser des questions?
— Ça dépend…
— De quoi?
— De tes questions. Je suis petite et je connais pas tout. Avant, il faut partir sinon Sauvage peut revenir n’importe quand.
Je secoue vigoureusement la tête. Je n’ai pas trop envie de me retrouver encore en face à face… pas tout de suite. Je dois reprendre des forces.
23:10 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
08 décembre 2007
Chapitre 5 – Le chat noir
Une petite fille me prend par la main et m’emmène loin dans la foule, sur un sentier, dans la forêt. Ici, il y a beaucoup moins de neige.
—Dépêche-toi!
J’accélère, mais je trébuche sur des racines. Je me relève et je continue ma course. Puis, elle s’arrête brusquement.
—Je ne peux pas aller plus loin.
Elle me pousse, m’obligeant à entrer dans une clairière. Des arbres entourent un lieu couvert de fleur rouge. Des fleurs en hiver? En regardant de plus près, je remarque que ce n’est pas des fleurs, mes des framboises gelées. On dirait de vrais bijoux! Je viens pour y toucher, mais une main m’en empêche. La main de Sauvage. Comme elle est froide! De l’endroit où il m’a touché, le froid court sous ma peau et m’envahit bientôt totalement. Je ne peux plus bouger!
—Qu’est-ce que tu fais ici?
C’est comme une gifle en plein visage. L’eau me monte au yeux, mais la rage se fraye un chemin jusqu’à ma bouche.
—Et toi?
Son regard se fait mauvais. Il recule de quelques pas et je peux voir qu’un chat noir est étendu de tout son long par terre. On dirait qu’il est mort.
—Qu’est-ce que tu as fait?
L’urgence de la situation me permet enfin de bouger. Je le pousse et je m’approche du chat. Je vérifie s’il est toujours en vie. Je perçois un pouls, aussi faible soit-il et sa respiration se fait courte. Je prends ma fourrure et je le recouvre. Ensuite, je le prends dans mes bras. Je le serre et de mon haleine, j’essaie de le réchauffer. Je suis fâchée, très fâchée. Je me tourne vers Sauvage.
—Pourquoi lui avoir fait du mal? T’as pas honte!
Il semble vouloir avancer, sa bouche s’ouvre et se referme. Il semble qu’il y ait autour de moi une barrière invisible, car il n’ose m’approcher.
—Il va mourir si nous ne faisons rien!
Pourquoi dois-je l’inclure dans le sauvetage du chat? J’en sais rien. Je sais juste qu’il faut que j’aide ce chat. Sauvage prend un pan de sa redingote et me fait signe de la prendre. J’ai juste le temps d’agripper le morceau de tissu qu’il se met à courir aussi vite que le vent. Moi, j’ai peur d’échapper le chat, alors je le tiens encore plus fort.
Après quelques minutes, nous arrivons devant une entrée de verdure. Et passé l’entrée, ce n’est plus l’hiver, mais le printemps. C’est immense! Je regarde au dessus de ma tête et je vois que les branches et les feuilles font un toit. C’est un immense parc, un petit univers douillet dans le froid hivernal de l’extérieur. Sans trop m’attarder à regarder les alentours, Sauvage m’indique un endroit où je peux déposer l’animal. C’est un petit lit de lichen, de feuilles et de fleurs. Je vérifie si l’animal n’est pas blessé et je remarque qu’un petit cours d’eau coule tout près. J’en donne à boire au chat et ce dernier se réveille, étonné. Il me regarde et liche ma main, puis s’en va.
—Mais, attends…
—Calli est très indépendante, mais elle te remercie.
Je me retourne en sursaut. Je l’avais oublié. Ma colère aussi. J’avance tout près de lui.
—Pour quelle raison lui avoir fait du mal, pour ensuite m’aider à lui venir en aide?
Il se détourne de moi. Je lui prend le bras pour qu’il me regarde en face, mais une onde de choc m’ébranle et me fait tomber par terre.
—Qui te dis que c’est moi qui lui ait fait du mal?
Et c’est à ce moment qu’il se tourne face à moi. Il me regarde dans les yeux. Les siens sont verts comme la forêt et les arbres se mettent à bouger. Le vent se lève et j’ai la nette impression que je suis en danger.
Il me prend par les épaules et m’oblige à me lever. J’ai froid tout à coup. Je ne peux empêcher mon corps de trembler.
—Il est complètement fou, Passeur, de t’avoir emmener ici. Tu es trop fragile pour ça…
Tout devient flou, ma respiration se fait difficile. Et je m’évanouis…
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Chapitre 4 – Cœur triste au Bal d’hiver
Fafa revient. Elle tient dans ses mains un masque en forme de papillon.
—C’est pour toi. Personne d’autre ne peut le mettre.
Je regarde l’objet en question. Comme c’est beau! Plein de perles et de pierres précieuses. Elle l’installe sur ma tête et je peux enfin me regarder dans un miroir. Je porte une robe au couleur changeante : tantôt mauve, l’autre fois rouge et rose, puis jaune. La robe semble avoir un nombre infini de couleurs. Une belle fourrure blanche couvre mes épaules, mes cheveux sont montés en un chignon savant et le masque complète le tout. En soulevant la robe, j’aperçois que des chaussons de fourrure couvrent mes pieds.
—Il ne manque que la poudre de joie.
Une pluie de brillants me tombe dessus et se pose sur ma peau et mes vêtements. Cela a pour effet de créer un halo de lumière autour de moi et je brille de partout.
—Il faut sortir, maintenant!
Elle me pousse dehors et j’ai la surprise de constater qu’il y a du monde partout dans les rues, la patinoire, le parc… Toutes les femmes portent de belles robes et les hommes, de beaux habits. Tous on un masque, sans exception! Partout, il y a des lumières, des guirlandes, des feux d’artifice. Des danseurs et des acrobates amusent, des chanteurs et troubadours régalent les oreilles de sons enchanteurs.—Il faut s’amuser. C’est la fête!
Elle saute dans la foule et se fait emporter. Tout ce spectacle comble peu à peu mon cœur tourmenter, mais mes yeux cherchent la foule du regard. J’espère y trouver quelqu’un, mais je sais très bien qu’il n’y est pas. Qu’est-ce qui se passe? J’ai l’envie irrésistible et irréfléchie de voir Sauvage, Je sais pertinemment que ça risque de me bouleverser, mais c’est plus fort que moi.
Pour me changer les idées, j’avance parmi la foule, on me fait danser, tournoyer, rire même, mais tout au fond de moi, la tristesse prend de plus en plus de place. Elle rampe sous ma peau, insidieuse elle veut envahir mon cœur, le ronger, le faire exploser. Les larmes me montent aux yeux. « Sauvage… »
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Chapitre 3 – Odeurs alléchantes et questionnements
Avant même que mes yeux s’ouvrent, une délicieuse odeur de pain vient à mes narines. De la cannelles aussi… des brioches… du pain d’épices . J’ouvre les yeux et la gentille aubergiste passe la tête dans l’embrasure de la porte.
— Tu es réveillée…
Puis, elle entre avec un plateau rempli de pleins de bonnes choses à manger. Je m’installe confortablement et elle dépose le plateau sur mes genoux.
— Bon appétit!
Elle me regarde avec le sourire, un sourire rassurant et bienveillant. Elle s’assied sur le lit.
—J’espère que Sauvage ne t’a pas trop fait de mal.
En entendant le nom, je m’étouffe avec ma brioche. Affolée, elle me tapote le dos.
—Est-ce que ça va?
Non! Que je voudrais lui dire. Sauvage, c’était un nom que je lui avais donné dans ma tête en le voyant, car je ne savais pas comment il s’appelait. Alors, je suis vraiment dans mon imagination? Pourtant, je suis sûre que je n’aurais jamais pu inventer Sauvage. Il est trop… fantastique et… dangereux!
—Il s’appelle vraiment Sauvage?
—Je ne crois pas, mais personne ne connaît son vrai nom.
J’angoisse. Comment est-ce possible?!?! Elle me regarde tendrement et prend ma main doucement.
—Ne t’en fais pas. Dire qu’il fut un temps où il ne dérangeait personne.
Son regard se rembrunit. Je m’inquiète de la suite.
—Depuis qu’Elle est là, tout n’est plus tout à fait comme avant.
Elle se lève soudain.
—Mange bien. Aujourd’hui, c’est le Bal d’hiver. Quand tu auras fini, j’ai une magnifique robe pour toi. À tout à l’heure.
Puis, elle sort. Je continue de manger, mais la nourriture a perdu de sa saveur. Une boule d’émotion monte en moi et mes yeux pleins d’eau déverse quelques larmes. Je continue à penser à Sauvage. Même absent, il bouleverse mon cœur. Quand je repense à la veille pourtant, je m’enrage. Je me fâche d’avoir pour lui de la peine. Il n’a pas été tendre à mon égard, hier. Et je mange sans prendre le temps d’avaler. Je sens trop l’émotion monter et je n’en veux pas.
Quand j’ai terminé, je me lève et je vais devant un beau grand miroir au cadre orné d’or et de diamant. Sans regarder mon image, je touche la moulure. Quelle belle œuvre. Chaque diamant reflète un arc-en-ciel. Je me mets à rêver que je marche sur le dos d’un arc-en-ciel pour trouver l’or du lutin Pin-Pin… Non, mais! C’est quoi l’idée? Pour me changer les idées, je regarde mon reflet. Tout d’abord, il n’y a rien de particulier, mais de plus près, je remarque qu’il n’y a plus un seul défaut sur ma peau, mes cheveux ondulent au gré d’une brise invisible, je porte une délicate robe de nuit et mes yeux brillent d’une lueur changeante. Là, je suis dans un rêve, c’est sûr. Pourtant, tout est si tangible…Je suis maintenant dans une autre pièce. L’aubergiste m’aide à me préparer pour la fête.
—Comment vous appelez-vous?
—Fanina, mais tout le monde m’appelle Fafa.
—D’accord, moi c’est…
—Fë, bien sûr!
Je la regarde avec les yeux ronds et la bouche grande ouverte.
—Tu es toujours la bienvenue ici!
Elle sort de la chambre, me laissant perplexe. Alors, elle me connaît. Ça veut dire que, Sauvage aussi, il me connaît…
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