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27 février 2008

Chapitre 22 – Nature sensible et fillette perspicace

Nous sommes maintenant en chemin pour voir Feu-Foo. J’ai l’impression qu’il s’est passé une éternité, mais nous ne sommes que l’après-midi. Amy est devant et moi je traîne des pieds. Il y a encore un doute en moi. Et si je faisais une erreur? Et si j’étais vraiment une menteuse? Pourquoi ça m’atteint tellement? Mes sentiments pour Sauvage se révèlent de plus en plus à chaque rencontre et à chaque souvenir, mais ça fait mal, ça me rend triste. J’aimerais pouvoir être près de lui, mais j’ai comme l’impression que ça ne sera jamais possible. C’est pour cette raison que je n’ai jamais réalisé ce rêve, car j’ai toujours eu la sensation que ça m’était interdit. Et je pleure. Nom de nom, je suis une vrai fontaine!

C’est quelque chose que j’ai toujours détesté chez moi, mon hypersensibilité. C’est mal vu, quelqu’un de sensible, qui pleure tout le temps. « Tu pleures encore! » qu’on me disait. Les gens disent que c’est une preuve de faiblesse de pleurer... Je sais que devant Sauvage, j’essayais de ne pas pleurer, mais je n’y arrivais jamais. Je savais que ça lui faisait de la peine de me voir pleurer, mais quand c’est trop fort, je ne peux rien pour l’empêcher. Mais au fil du temps, quand j’ai grandi, j’avais réussi à moins pleurer. Mais juste avant que je revois Passeur, j’avais commencé à accepter ces émotions pour ce qu’elles étaient : un moyen pour moi d’exprimer le trop plein d’énergie en moi. C’est mon âme qui chante…

Amy s’est arrêté pour m’attendre. Lorsque j’arrive près d’elle, elle me prend la main.

— T’inquiète pas. On va le sauver, Sauvage!

— J’espère…

— Je l’ai vu, dit-elle, toute fière.

— Quoi donc?

Elle se met à rire en sautillant un pied sur l’autre.

— Amy, qu’est-ce que t’as vu?

Elle me pointe du doigt.

— Il voulait t’embrasser!

Malgré moi, je me mets à rougir.

— Qui te dit qu’il voulait m’embrasser? Il voulait peut-être me faire terriblement peur!

Elle s’arrête, elle croise ses petits bras sur sa poitrine et toute droite, me dit :

— Je suis peut-être petite, mais je sais reconnaître quand un garçon veut embrasser une fille. Et s’il l’avait fait, tu te serais sauver en courant, peut-être?

Comme cette petite fille est perspicace!

— Tu verras, un jour, il va t’embrasser. Mais j’pense pas que ce soit tout de suite…

Elle regarde derrière moi en plissant les yeux. Je me retourne croyant que c’est lui, mais voilà qu’un homme tout de blanc vêtu s’avance vers nous. Amy se place derrière moi, mais je sais qu’elle n’a rien à craindre. Je me mets même à sourire. Je le connais. C’est le prince de l’hiver!

Chapitre 21 – Le rêve inachevé

Amy vient me rejoindre. Elle pose sa main sur mon épaule et la flatte.

— J’ai faim, moi, pas toi?

Je suis si fatiguée. J’ai l’impression que tout ça ne sert à rien. Amy m’aide à m’asseoir. Je pose mon dos sur un arbre et je respire profondément.

— Je crois qu’il serait mieux que je rentre chez moi.

— Pourquoi?

— Parce que c’est inutile. Ça ne sert à rien de continuer. Comment mes souvenirs pourraient aider Sauvage en quoi que ce soit? Et puis, où se trouve la sorcière? Elle semble invisible…

Un instant… Lorsqu’il se tenait la tête entre les mains, c’était elle, c’était le sorcière! Si elle est dans sa tête, c’est perdu d’avance.

— La sorcière, elle était « là » tout à l’heure. Elle est dans sa tête. Si elle a toute puissance sur son esprit, je ne peux rien pour sauver Sauvage.

— Je ne suis pas d’accord avec toi. Tu as encore ta place dans son cœur…

— Mais quand bien même…

À ce moment, j’ai l’impression que la réponse se trouve là, mais c’est trop furtif. Et je reprends espoir. Et je mange pour reprendre des forces.

— Merci, Amy, t’as raison, je vais continuer, je n’abandonnerai pas. C’est ce qu’elle voudrait, j’en suis sûre, mais pas cette fois. Plus jamais!

L’image de Sauvage voulant m’embrasser revient me hanter. Dans ces bras, je me sentais si… différente. Non, comme si je me souvenais de qui j’étais avant. En fait, je me souviens de lui, mais aussi de moi. Des émotions que je ne pensais pas avoir ou plutôt des émotions que je retenais se révèlent à moi comme autant de cadeaux précieux. Comme j’aurais aimé qu’il m’embrasse! J’en rêve depuis si longtemps…

Je viens de finir une course sur les chevaux-nuages. Je suis sur l’énorme lit et je ris. Il se pose à son tour et se penche pour me regarder.

— Encore gagné! Tu choisis toujours les meilleurs chevaux!

Il s’assit et fait semblant d’être pas content.

— T’as fait ton rêve? me demande-t-il, tout sérieux.

— Pas encore…

Je me place devant lui et je le regarde, avec un sourire et mes yeux qui brillent. À son tour, il me fait un sourire.

— T’es pas vraiment fâché, hein?

— Bien sûr que non. J’adore quand tu gagnes. J’adore quand tu fais des rêves…

Il y a un rêve que j’aimerais faire, mais je n’ose pas. Ça fait longtemps qu’il me trotte dans la tête, mais je n’ai jamais voulu le faire ce réaliser. En fait, je sais très bien que c’est quelque chose que je ne peux pas obliger et que lorsque je voudrai le faire se réaliser, je devrai le faire toute seule, sans l’aide des « rêves ».

Il me regarde toujours, attendant que je fasse mon rêve. Mais ce rêve prend toute la place. Je ne peux pas penser à autre chose tellement il est fort. Et là, une vague d’émotions m’envahit. J’ouvre grand les yeux.

— Fë, ça va?

— Euh… oui, oui… en fait, je pense…

— Tu pense à ton rêve?

— Si on veut, je pense pas que c’est un rêve que je peux réaliser comme d’habitude.

— Peut-être que si tu essayes, tu verras ce qui va se passer…

— Mais j’ai peur de ce qui pourrait se passer!

Je me lève et il se lève à son tour. Je ne sais plus quoi faire. Il faut que je fasse un rêve, mais pas celui-là. Pas tout de suite. Je ne suis pas prête du tout. De toute façon, c’est un rêve de grande personne. Je ferme les yeux et je chasse le rêve. Mais je sais qu’il va revenir… il revient toujours. Et cette fois, je ne crée aucun rêve… [Souvenir]

26 février 2008

Chapitre 20 – Partir sans me retourner

Son visage est trop près du mien, je peux sentir son allène, elle sent le trèfle. J’aimerais partir loin de lui, mais en même temps cette proximité emballe mes émotions. Je le revois lorsqu’il est jeune. J’aimerais lui dire quelque chose, la jeune Fë voudrait parler de quelque chose d’important au jeune Sauvage, mais de nouveau, le visage du Sauvage adulte. Puis, d’une manière lente, le « monstre » se fait apercevoir. Pendant ce qui me semble un siècle, il me regarde, semblant vouloir m’écraser de tout son poids. « Vas-t’en, arrête de faire du mal à Sauvage! » Mais les paroles refusent de sortir de ma bouche. Il me prend le visage d’une main.

—    Tu crois vraiment que je vais te croire. T’es une menteuse, Fë, me crache-t-il au visage.

—    Sauvage, je t’en pris, ne le laisse pas me faire du mal. Je crois en toi!

—    Menteuse!

Je me mets à pleurer. Je voudrais me montrer forte face au monstre, mais je dois m’avouer vaincu. Il a un tel pouvoir sur Sauvage! Ce n’est pas contre la Sorcière que je n’ai aucune chance, mais contre lui, Sauvage!

Je ferme les yeux. Que va-t-il m’arriver? Je sens la main de Sauvage qui desserre ses doigts de mon menton pour se poser sur ma joue.

—    Je déteste te faire du mal, Fë. Ça me brise le cœur. Excuse-moi…

J’ouvre les yeux. Il voudrait fuir, mais en même temps, il reste là. Il me caresse le visage de sa main. À ce moment, les marques apparaissent. Je recule d’un pas. Non, je ne veux pas que par ma faute, il se fasse du mal! Il baisse les yeux et regarde ses mains.

—    Est-ce que tu crois que ça va cesser, un jour?

Il lève sa tête et me regarde, d’un air de défi. À ce moment précis, j’en suis certaine. Je suis sûre qu’un jour, son cœur pourra se reposer. Je lui souris.

—    Ça, je t’en fais la promesse!

—    Ment…

Mais je suis rapide. Je lui mets un doigt sur la bouche. Il me prend dans ses bras et semble vouloir m’embrasser, mais ses lèvres s’arrêtent tout près des miennes. Il me lâche, comme s’il s’était brûlé. Il se prend la tête entre les mains et se met à genoux. Il souffre, c’est évident. Moi, je recule de plusieurs pas. Il lève les yeux, suppliant.

—    Sauvage, je vois bien qu’être près de moi te fait du mal. Je pars. Je vais continuer mon voyage et retrouver mes souvenirs. Retourne dans ta forêt, dans ta cabane et blottis-toi dans ma couverture. Tu verras, cela te fera beaucoup de bien.

Je me détourne sans voir sa réaction et je me mets à courir. J’essuie mes yeux, mais l’émotion continue à se déverser. On dirait que la joie a déserté mon cœur pour toujours. Je m’accroche le pied dans une racine et je tombe par terre. Vidée, je décide de rester là et je pleure. Mon cœur me serre, comme si on voulait l’empêcher de battre, de vivre… d’aimer!

Chapitre 19 – Le géant

Il y a une espèce de géant qui fait trembler la terre. Je regarde partout pour voir où est Amy, mais je ne la vois nulle part. Puis, un cri.

—    Fë, aide-moi!

J’essaie de toutes mes forces de me déprendre des branches dans lesquelles je suis prise, mais ça semble impossible. Non, non, non, je ne laisserai pas Amy toute seule! Malgré l’urgence de la situation et mon souffle court, j’essaie de trouver un moyen de sortir de ma « prison ». Je l’entends crier, j’essaie de calmer mon esprit. Je suis consciente que tout est contre moi. Je fais une première tentative, mais il s’avère qu’au lieu de me sortir de là, les branches semblent m’entourer d’avantage. Là, mon esprit s’embrouille. J’ai peur pour Amy et lorsque j’entends le géant lancer un affreux cri terrifiant et pas la petite voix d’Amy, là, je m’énerve. Je m’imagine le pire scénario, ce qui ne m’aide en rien pour sortir de là. Comment je vais arriver à me libérer?

Quand je pense que tout est perdue, je sens une ouverture entre les branches. J’en profite pour me faufiler et descendre par le tronc. Je me précipite en direction du géant et je fonce directement sur… Sauvage! Celui-ci m’empêche de tomber en me prenant par la taille. Je ne peux m’empêcher de le dévisager. Il a les yeux sombres, comme s’il m’en voulait.

—    Tu fais exprès ou quoi?

—    Quoi? Pour que tu viennes me sauver? Moi, j’aimerais bien savoir où est Amy et qu’est-ce que ce géant fait ici?

—    Alors, elle a raison…

Son visage reflète une indescriptible émotion. Je suis sûre qu’il voudrait être à ce moment le plus loin possible de moi, mais pourtant, il continue à me tenir dans ses bras.

—    Comme tu as pu le remarqué, puisque je suis là, Amy a disparu. Je suis presque sûre qu’elle va bien, finit-il par dire, d’une manière sarcastique.

—    Et le géant?

—    Ça, si tu ne te souviens plus, ça ne sert à rien de t’expliquer.

Nous restons là à nous dévisager. Pourtant, j’ai la certitude que le géant marche dans notre direction.

—    Sauvage… si tu veux me sortir de là, je ne ferai pas d’objection…

Comme s’il venait soudain de se rappeler qu’il y avait un géant à proximité, toujours en me tenant dans ses bras, il lance un cri en direction du géant. Ce dernier ne semble pas convaincu et continue d’avancer dans notre direction. Moi, j’essaie de partir, mais Sauvage me tient fermement dans ses bras.

—    Tu vas le laisser nous attraper, peut-être?

Sans se préoccuper de moi, il pousse de nouveau un cri. Cette fois, le géant semble ébranlé.

—    Amy est peut-être en sécurité quand elle est invisible, mais si je m’éloigne trop, elle va y goûter.

C’est bien trop vrai! Mais est-ce obligatoire que je reste près de lui?

Après quelques autres tentatives, le géant fini par partir dans une grotte. C’est à ce moment que Sauvage décide de partir, toujours en me tenant fermement. De retour sur le chemin, il me lâche enfin.

—    Et Amy?

—    Elle nous suit, tu n’as pas à t’inquiéter…

Il vient pour partir, mais je lui prends le bras.

—    Tu as dit… tu crois que je suis une menteuse? que je demande, timide.

Il y a du dédain dans son regard, mais je ne lâche pas son bras pour autant.

—    C’est toi, le menteur. Tu as dit que tu serais appelé à me nuire. Pourtant, tu nous as aider.

Je resserre mon étreinte et je m’approche de lui.

—    Je me suis rappelée quelques souvenirs. Et je peux te dire sans difficulté que le géant, c’est de toi.

Et je le lâche. Je croyais qu’il allait partir, mais il reste là, indécis. Il m’interroge du regard.

—    Tu m’as écrit que tu aimerais croire, mais que tu en es incapable… ou peut-être que tu ne veux pas croire… tu ne veux pas ME croire… peu importe ce que je pourrais te dire.

L’instant d’après, le voilà devant moi, tout près, trop près…

23 février 2008

Chapitre 18 – Menteuse, moi?

Une intense émotion a pris place en mon cœur pendant la vision de ce souvenir. Je pouvais lire son cœur… Alors, c’est bien son mal que je sens chaque fois que je le vois. Est-ce à ce moment que le « monstre » a fait son apparition? À bien y réfléchir, je ne pense pas. C’était comme une dualité en lui, mais pas une entité à part entière. J’essaie de respirer, mais l’air se fait rare. La phrase sur l’écorce me revient en mémoire : « Pour Fë : que de contradiction dans mon cœur. J’aimerais croire, mais j’en suis incapable. Désolé… » Mais pourquoi? Il y a un lien, mais je ne vois pas. Un épais brouillard me cache la vérité. Je sais pertinemment que je ne trouverai pas la réponse aujourd’hui, mais c’est plus fort que moi, je cherche. Ça fait mal de savoir qu’au fond, je la connais, la réponse, mais c’est impossible, elle reste dans le noir. «  Arrête, Fë, tu verras, la réponse viendra… » J’aimerais tellement lâcher-prise, mais Sauvage a besoin de moi. Plus je me souviens, plus je me rends compte de combien Sauvage tenait à moi… et la place qu’il tient dans mon cœur. Il a dit que j’avais encore une place dans le sien. Mais que s’est-il passé? Pourquoi je ne me rappelle plus?

Je décide de sortir du jardin de Sauvage. Je trouve Amy en train de courir après Calli. Lorsqu’elle me voit, la chatte se sauve. Je suis offusquée. J’ai l’impression qu’elle ne m’aime pas.

—    Elle ne m’a même pas dit au revoir… Tu as eu des souvenirs?

—    Oui… Je me sens encore plus perdue qu’avant. Allons voir cette Feu-Foo. Ce n’était peut-être pas une si bonne idée de venir ici.

Une ombre passe à ma gauche. Je me retourne aussi vite que je le peux. Amy n’a pas disparu pourtant.

—    Sauvage?

Amy se met à reculer.

—    Tu as dit que Sauvage ne serait pas là…

Je viens pour avancer dans la direction que je crois la bonne, mais je sens un barrage, comme un avertissement. Même si je n’hésiterais pas à y aller, je dois me résigner à faire demi-tour.

—    Viens, Amy, nous devons partir.

Et si nous sommes bel et bien connecté, Sauvage et moi, je décide de lui envoyé un message par la pensée. « Tu as encore une place dans mon cœur, Sauvage. » « Menteuse! » Quoi, moi, une menteuse? Depuis quand? Je me tourne et je cris tout fort :

—    Si tu veux bien le croire, libre à toi!

Et je prends Amy par la main et je marche, décidée, vers ce que je pense être le bon chemin.

—    Attends, Fë, ce n’est pas par là!

Mais je m’en fou. Comme je le déteste. La rage s’empare de moi tel un ouragan. De quel droit! Pourquoi il ne me croit pas? C’est la sorcière, j’en suis sûre! Mais la sorcière n’était pas là lors du souvenir de la couverture. Mais qui est vraiment Sauvage? Et si je repartais? Et si j’appelais Passeur pour qu’il vienne me chercher. Ai-je vraiment le goût de sauver Sauvage? Grrr, comme il me met hors de moi!

—    Fë, attention!

Avant même que je sache ce qui se passe, je suis propulsée dans les airs. Je retombe dans un arbre, à moitié sonnée. Où est Amy? Que s’est-il passé?

Chapitre 17 – En plein cœur de Sauvage

 

« C’est ça, Fë, laisse-moi tranquille…

 

Non, je ne veux pas que tu partes!

 

J’ai pas besoin de toi, de toute façon

 

Je l’aime, la couverture

 

Non, je la déteste!

 

Ça fait mal, mon cœur, ça sert,

j’ai de la difficulté à respirer

 

Fiche-moi la paix, t’a compris!

 

Reviens dans ma forêt, on va se baigner

 

Je vois bien que tu as peur de moi

 

T’as pas à avoir peur de moi,

je ne te veux aucun mal

 

Oh! Que si, je vais te faire du mal

 

Ne pleure plus

 

Pourquoi t’es là, de toute façon?

   

 

 

J’ai peur, Fë, j’ai tellement peur… »

[Souvenir]

18 février 2008

Chapitre 16 – La couverture

J’ouvre tranquillement les yeux. Les cygnes sont partis. Le silence a enveloppé la forêt. Je me sens étrangement seule. Je regarde la chute, les arbres, les papillons. Des rêves… Ce lieu, ainsi que ce monde est peuplé de rêves que Sauvage et moi avons créés. Tous les deux. Lui et moi… L’angoisse tout à coup, m’enserre le cœur. La cabane…

Je cours jusqu’à la petite bâtisse et j’ouvre la porte à la volée. Il était là, j’en suis sûre. Je regarde partout s’il n’a pas laissé d’indices, mais non, tout est comme quand je suis venue hier. Sauf peut-être… la couverture! Je vais sur le lit et je porte une attention particulière à cette couverture. Il y a différentes photos de moi quand j’étais jeune, cadeau que ma grand-mère m’avait donnée pour ma fête. Je m’enroule dedans. Moi, je l’avais donné à Sauvage, pour qu’il puisse me voir lorsque je devais retourner dans la vie réelle. « Je n’ai pas besoin de couverture. » « C’est une couverture spéciale… regarde-la bien… » Il avait regardé toutes les images une par une. Son visage me montrait tantôt un sourire tantôt un regard sombre. Il avait jeté la couverture sur le lit. « Je n’ai vraiment pas besoin de couverture! » Puis, il était sorti. Moi, j’hésitais entre pleurer ou être en colère. J’avais opté pour la colère. J’avais pris la couverture et étais sorti moi aussi. D’un pas décidé, je m’étais rendue jusqu’à l’entrée de sa forêt…

Avant de franchir l’entrée, il me barre le passage.

— Tu t’en vas déjà? me demande-t-il, inquiet. Et où vas-tu avec « ma » couverture.

— Et bien, tu ne l’aimes pas, alors je vais la ramener chez moi. Puisque tu n’en as pas besoin…

— Ah! Fë, tu comprends rien. Je… tu m’as dit qu’une couverture, ça sert à se couvrir avec quand on dort. Je t’ai dit que j’en avais pas besoin ici.

Je sens les larmes venir. Je ne veux pas pleurer. À quoi bon. Je viens pour partir, mais cette fois, il me prend la couverture des mains. Je viens pour la reprendre, mais il l’éloigne de moi. La colère augmente et cette fois je le pousse et réussis à sortir.

— C’est toi qui comprend rien, et je me mets à courir.

Cette fois, les larmes me viennent aux yeux. Je cours, mais je trébuche. Je m’écorche les genoux.

— Passeur… Je veux retourner chez moi…

— Fë! Tu es là.

C’est Sauvage.

— Va t’en!

— Tu es blessée…

Il met la couverture qu’il a toujours dans la main sur mes épaules. Il dépose ses mains sur mes genoux blessés. Je le regarde à travers mes larmes. Lui est trop concentré pour s’en apercevoir. Quand il a terminé de me soigner, il ose me regarder.

— Je pense que je sais pourquoi tu m’as donné la couverture, mais je sais pas pourquoi, j’aime pas trop ce qui se passe en moi quand je la regarde.

Il se lève. Passeur arrive à ce moment-là.

— Bonjour vous deux. Tu veux retourner dans l’autre monde, FëryKat?

Je regarde Sauvage. Celui-ci ne me regarde pas. Ce qui se passe à ce moment, je ne peux pas trop le décrire, mais je « sens » les émotions de Sauvage. J’ai l’impression d’être dans une tempête. Et j’ai peur. Je me rapproche de Passeur et je lui prend la main. Sauvage n’aime pas la tournure des événements et le vent se lève.

— Sauvage, arrête ça tout de suite. Tu ne vois pas que ça fait peur à FëryKat!

Mais au lieu d’apaiser son cœur, la tempête se fait plus puissante. Moi, je suis terrifiée. Je ne reconnais plus Sauvage. Pas qu’il ait changé physiquement, mais c’est que je ressens la tempête à l’intérieur de moi. J’aimerais tant ne pas avoir peur de lui, mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi il fait ça. Puis, une chose bizarre se produit[Souvenir]

08 février 2008

Chapitre 15 – Les cygnes

Nous venons d’entrer dans le jardin. Nous venons de faire une course exaltée sur les chevaux-nuages et j’ai gagné. Malgré sa piètre performance, Sauvage est plus heureux que jamais. Il saute et rit.

—  T’aurais dû te voir, tu filais à toute allure. C’était fabuleux. Moi, j’avais toutes les difficultés du monde à faire avancer le mien. C’est étrange, ils ont tous une personnalité différente.

—  C’est sûr, sinon, je suis sûre que ce serait tout le temps toi qui gagnerait!

—  Bin non, Fë, tu es formidable! Hé! t’as vu, sur le lac…

Tout en parlant, nous nous étions rapproché de la chute. Sur la surface de l’eau, deux beaux grands cygnes flottent en harmonie. Sauvage se tient sur la berge et me regarde, avec, dans les yeux, des étoiles.

—  C’était ça, ton « rêve ». Ils sont magnifiques!

Il se déshabille et bientôt, il est flambant nu. Je détourne mon regard de petite fille et je me mets à rire. Je suis toute gênée.

— Fë, qu’est-ce que tu fais, viens te baigner!

J’enlève mes vêtements, mais je garde ma camisole et ma culotte. Et puis, je cours dans l’eau le rejoindre.

Près de lui, il se met à m’arroser. Je veux m’éloigner, mais il m’attrape par la taille, me soulève et me propulse dans les airs. Et splash!, je retombe dans l’eau. Je sors la tête de l’eau et à mon tour, je l’arrose. Il veut attraper mes petites mains, mais je me sauve. Voyant qu’il ne me suit pas, je me retourne et remarque qu’il n’est plus là.

— Sauvage, je sais que tu es dans l’eau. Allez, sors de là!

Mais il ne se montre pas. Sans trop le vouloir, j’ai peur qu’il se soit noyé. Je regarde les profondeur et tout à coup, il me tire sur une jambe. Il sort de l’eau et se met à rire. Moi, je ne trouve pas ça drôle et je sors de l’eau. Je prend mes vêtements et je vais à la cabane.

— Fë, attend! C’était pour rire.

Mais je ne l’attends pas. J’entre dans la petite maison et dépose mes vêtements par terre. Je vais me blottir dans la couverture que je lui ai offerte, celle qui a pleins d’images dessus. Il entre par la suite. Mes petites épaules se mettent à trembler et je ne peux m’empêcher de pleurer. Sur le visage de Sauvage, il n’y a plus aucune trace de joie. Il s’approche et s’assit à mes côtés.

— Pourquoi pleures-tu, Fë?

Je continue à pleurer, sans pouvoir m’arrêter. Il me prend dans ses bras. C’est à ce moment que je décide de parler.

— … J’ai eu peur que tu te sois… noyé.

— Excuse-moi, je ne le referai plus jamais, je te jure.

Il me sert très fort dans ses bras.

— Je suis triste, Fë, quand je te vois pleurer. Ça me fait mal là.

Il prend ma petite main et la dépose sur sa poitrine, au niveau du cœur. Sa peau est toute chaude et j’y colle mon oreille. J’entend son cœur qui bat. J’ai l’impression d’être à l’intérieur de lui.

— J’ai un cadeau pour toi.

Je lève les yeux.

— Ouvre ta main.

Je m’exécute. Il y dépose un tendre baiser. Lorsqu’il lève les yeux, il semble perdu et indécis. Il se lève subitement. Il me tend la main.

— Viens, Fë, allons cueillir des framboises, j’ai faim!

Je prends sa main et le suis. Je le suivrais jusqu’au bout du monde! [Souvenirs]

Chapitre 14 – Un petit détour

Fafa nous aide à nous préparer. Amy et moi sommes habillées chaudement et Fafa nous a confectionné à chacune un petit sac de voyage. Sur le pas de la porte, elle nous fait ses recommandations.

— N’attendez pas de mourir de faim pour manger. S’il vous est possible, ne vous approchez pas de Sauvage. Même s’il ne vous veut aucun mal, se trouver près de lui peut faire mal. Feu-Foo est du genre à mentir, mais elle est aussi très efficace. Sachez reconnaître le vrai du faux et ça devrait bien aller. Prenez soin de vous, toutes les deux et veillez une sur l’autre.

Elle nous embrasse chaleureusement et nous sortons. Elle ferme la porte derrière nous.

Amy commence à marcher et je la suis. Je peux voir le petit sentier au bout de la rue. Mais une pensée se fait insistante. Je repense au souvenir de ce matin. Et si le baiser de Sauvage avait ouvert la porte de mes souvenirs. Peut-être que…

— Amy! J’aimerais bien retourner au jardin de Sauvage.

Elle me regarde avec les gros yeux et un frisson la parcourt, et ce n’est pas parce qu’elle a froid.

— Fafa a dit qu’on devait éviter de rencontrer Sauvage…

— Je sais, mais je suis sûre qu’il n’y sera pas. Il lui est de plus en plus difficile d’être près de moi et je suis sûre qu’il veut éviter de me faire du mal. J’ai besoin de vérifier quelque chose. Ça pourra aider Sauvage…

Je la supplie du regard. Elle ne semble pas convaincue.

— Tu ne seras pas obligée d’entrer.

— Ça va vraiment l’aider?

— Je vais sûrement me souvenir de quelque chose.

— … S’il le faut, mais je vais me tenir loin.

Au lieu de tourner à gauche sur le petit sentier, elle va à droite.

En chemin, je reconnais les lieux, surtout les arbres. Je revois le sentier pour aller au champ de framboises. Tout est étrangement calme et paisible. Je me sens en paix avec moi-même. Puis, nous arrivons près de l’entrée du jardin de Sauvage. J’hésite à laisser Amy seule, mais voilà que Calli fait son apparition. La petite fille lui court après.

— Je vais jouer avec Calli en attendant. À tout à l’heure…

Je la vois s’éloigner. Je jette un œil aux alentours. Aucune trace de Sauvage. Malgré tout, je sens sa magie. Je ferme les yeux et je me laisse imprégner de sa présence invisible. Aucun souvenir ne vient me visiter. Je décide donc d’entrer dans le jardin. Une bouffée de chaleur m’envahit. J’enlève le manteau et le laisse sur le lit de feuille, celui où j’ai soigné Calli. J’entreprends alors de faire le tour de la forêt.

Je me retrouve près du lac aux cygnes. La première fois que je les ai vus, je les avais trouvés magnifiques et surtout, je les trouvais étrangement familiers. Les revoir aujourd’hui confirme mon impression : je connais ces cygnes. Ils s’approchent de moi et m’invite, comme la première fois, à venir me baigner. Cette fois, j’accepte leur invitation et je me déshabille, ne gardant que mes sous-vêtements. Je me glisse dans l’eau. Sa température est parfaite. L’eau me fait un bien fou. Je nage un peu. On dirait que le liquide est régénérateur, car je me sens plus en forme que jamais. Je continue de nager, attendant un souvenir qui ne veut pas se faire voir. Lorsque je m’apprête à sortir de l’eau, j’entends un des cygnes battre des ailes. Je le regarde, fascinée. À l’intérieur de ces mêmes ailes, il y a des plumes dorées. Et un souvenir se précise…

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