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29 avril 2008

Chapitre 53 – Le journal de mon imaginaire

Lorsque je pense que tout est fini, qu’il n’y a plus rien à faire, j’arrive devant une entrée dans un mur de pierre. Ici, l’herbe est verte et les arbres encore en vie. Ce lieu n’est pas sous l’influence de la Sorcière, mais je n’ose pas m’avancer. Amy et Calli arrivent derrière moi.

— Fë, nous nous sommes débarrassées du chat blanc. Est-ce que tu sais où est Sauvage ?

— Non, mais il y a cette entrée…

— Allons-y, nous n’avons rien à perdre. Sauvage avait vraiment l’air bizarre.

— Je sais…

Amy et Calli entrent à l’intérieur. Je les suis. C’est plus fort que moi, j’ai peur. Mais c’est surtout que je me demande ce que la Sorcière a bien pu lui faire. Mais pour quelle raison est-elle si cruelle ?

Dans la grotte, nous suivons un petit chemin étroit et au bout du chemin nous arrivons dans une salle circulaire à ciel ouvert. Tout autour, il y a des piliers de marbre et au centre, un lutrin. Et sur le lutrin, il y a un livre. Mon cœur se met à battre plus vite. Je me souviens de ce livre. C’était mon journal intime, celui où j’écrivais en détail les aventures, les rêves créés, les dessins de tous les personnages de cet univers, les lieux enchanteurs et surtout, mes sentiments pour Sauvage. Je m’approche, fébrile, et sur le livre il y a un petit mot de Passeur : « Bonjour, Fë ! » Je me mets à pleurer. J’ouvre le journal. Je reconnais mon écriture, mes dessins. Sur la première page, il y a un titre :  « Le journal de mon monde imaginaire » Je continue de tourner les pages. Je ne peux pas en croire mes yeux. Je l’avais perdu. Je me souviens que je l’avais cherché pendant longtemps, puis je me suis mise à oublier. Je cherche pour voir si j’ai marqué quelque chose à propos du Monstre ou de la Sorcière, mais les dernières pages ont été arrachées. Sûrement la Sorcière ! Si elle en a arraché que quelques pages, je frissonne à l’idée qu’elle est pu tout garder. Quel mal aurait-elle pu accomplir avec tout le journal ?

Mais si je ne peux pas avoir d’informations à propos du Monstre, à quoi peut me servir le journal ? Je tourne les pages. Quel bel objet ! Et dire que c’est moi qui est tout écrit, avec les illustrations, les idées farfelues pour les rêves, les personnages… et Sauvage ! Il y a un dessin de lui et à côté, un petit cœur. Je ferme les yeux et j’avale difficilement. Les larmes coulent, mais je les essuie farouchement.

— Ce n’est pas le moment pour pleurer.

— C’est toi qui a écrit ça ?

— Oui, depuis… que je l’ai rencontré !

J’ouvre là où il y a l’image de Sauvage. Là est décrit ma rencontre avec lui. Je ne suis pas venu ici pour rien. Ça va m’aider à comprendre qui il est !

27 avril 2008

Chapitre 52 – Le visage de la Sorcière

Je cherche mes vêtements. Ils sont sur une corde qui pend du plafond. Ils sont sèches. Je les enfile et je m’approche de la fenêtre, près de Sauvage.

— Ici… mais c’est impossible !

— Sauvage, tu ne savais pas qu’elle était ici?

Il se tourne vers moi. Il semble confus. Puis, déterminé, il veut sortir de la cabane, mais je l’en empêche.

— Ne sors pas ! Elle a encore de l’influence sur toi.

— Mais tu ne comprends pas ! Si elle est ici, c’est qu’il n’y a plus rien à faire.

— Laisse-moi y aller à ta place. Je suis sûre que je peux faire quelque chose.

Il me regarde avec de la peur dans le regard. Je lui touche le visage. Il ferme les yeux. Je pose délicatement mes lèvres sur les siennes, puis je me dépêche de sortir.

Dehors, l’air est lourd. Je m’avance, mais je m’arrête. Elle est là, devant moi, dans toute sa splendeur. Tout son corps est recouvert d’or, il n’y a que son visage où l’on peut voir encore de la peau. Ses cheveux sont blonds et des cornes sortent de son front. Ses iris ont la couleur brûlante du soleil et le noir remplace le blanc de ses yeux. Des centaines d’oiseaux noirs volent au-dessus d’elle. Les chats blancs l’entourent et me regardent, près à bondir. Le spectacle des arbres morts me serre le cœur.

— Qui es-tu ? Ce n’est pas ton monde, Sorcière !

Bien sûr, tu m’as oubliée…

Elle fait un mouvement de son bras gauche et tous les volatiles et les félins s’avancent vers moi. Je viens pour me reculer, mais Sauvage se place entre eux et moi. Tous les animaux cessent de bouger. Il me regarde, résolu.

— Sauvage…

— Écoute-moi, Fë. Retourne dans ton monde… Oublie-moi…

— Mais je ne peux pas, c’est impossible… Je ne VEUX pas t’oublier !

Un sourire se dessine doucement sur ses lèvres.

— Fë, tu es si importante pour moi…

Sauvage, ne m’oblige pas à te faire du mal, dit la Sorcière.

Mais il continue à me sourire.

— Oui, Fë, il y a un cadeau, ici, pour toi. Peut-être que si…

Tu ne me donnes pas le choix, Sauvage ! Souviens-toi de ce jour là !

Le visage de Sauvage est devenu blanc comme neige. Il regarde au-delà de moi et semble apeuré. Et c’est à ce moment que la Sorcière tire sur la ficelle d’argent qui les relie.

Chère FëryKat, Sauvage est à moi, il m’appartient… pour toujours ! Ha, ha, ha !

Elle s’enfonce dans la forêt, tirant sur le lien qui les unit. Je veux les suivre, mais le chat blanc, qui est maintenant tout seul me montre les griffes.

— Laisse-moi passer !

Il vient pour me sauter dessus, mais Calli s’interpose. Amy arrive peu après.

— Je m’en occupe. Va chercher Sauvage !

— Quoi ?

Mais la voilà qui lève ses mains. Un filet apparaît et emprisonne le chat blanc.

Sans perdre une seconde, je vais à la poursuite de Sauvage et de la Sorcière. Ils sont là, loin devant moi, je peux encore les voir, mais les arbres m’empêchent de passer.

— Non, laissez-moi passer !

J’essaie par tous les moyens de dégager les branches, mais il n’y a rien à faire. Je regarde à droite et à gauche. La forêt semble plus dense à droite, donc je vais à gauche. Il y a sûrement un moyen de les rejoindre. Je cours. Je sens les feuilles mortes sous mes pieds. Plus j’avance, plus il semble impossible de franchir les arbres. Les branches s’entremêlent si intensément que mes doigts sont impuissants. On dirait presque un mur. Il ne semble pas avoir de fin. Mais je ne me décourage pas, je suis sûre que je vais pouvoir le retrouver. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est dans quel état vais-je le retrouver ?

26 avril 2008

Chapitre 51 – La rivière aux surprises

— Vous êtes prêtes ?

Je vérifie si Calli est bien en sécurité dans ma poche et je serre la main de Amy.

— C’est parti !

Dès que j’entre un pied dans l’eau, le courant devient d’une puissance telle que je tombe. Et je suis emportée. Puisque je tiens Amy d’une main, j’ai beaucoup de difficulté à nager. Mais de toute façon, c’est inutile, le courant est bien trop puissant. Et je me laisse dériver. J’espère de tout cœur que Sauvage viendra. « Sauvage, j’ai besoin de toi ! » Je sens Calli se débattre dans ma poche et Amy est toujours au bout de mon bras. Et si elles venaient à mourir toutes les deux à cause de ma stupidité… L’eau glacée a pénétré mon manteau et voilà que je suis transie. J’ai de la difficulté à garder ma tête hors de l’eau. Et bientôt, j’ai l’impression de m’endormir…

Sauvage me sort de l’eau.

— Qu’est-ce qui t’a prise ? Je t’ai dit que j’étais le seul à la traverser !

— Mais, pourquoi ? Tu caches quelque chose ?

Il me regarde. Je lui souris tout en tremblant de froid.

— Enlève tes vêtements, tu vas attraper froid.

Il me devance et me déshabille. Une chance que nous sommes l’été, mais la rivière est pleine de surprises. Son eau était glacée ! Il me frictionne.

— Tu ne peux pas t’empêcher de faire le contraire de ce que je te dis !

— Je suis curieuse… Si tu es le seul à la traverser, c’est qu’il y a quelque chose que tu me caches.

— C’est… une surprise !

— Je savais. Est-ce que je peux la voir tout de suite ?

Il me fait signe que non. Il continue à me réchauffer, mais… j’ai toujours aussi froid. [Souvenir]

« Fë, réveille-toi ! »

Laisse-moi dormir… dormir… pour toujours…

« Fë… reste avec… moi ! »

Restez avec toi, mais t’arrête pas de t’éloigner de moi.

« Ce n’est… pas… le moment… de… mourir ! »

Si c’est ça la mort, qu’elle vienne, elle est si douce…

De la chaleur… comme c’est bon.

— T’es folle, tu sais !

— Je savais que tu… viendrais…

— C’était toute une idée, ça. Les deux autres…

Je viens pour me lever, mais il est sur moi.

— Laisse-moi me lever ! Calli, Amy…

— Elles vont bien. Calli est là-bas, qui se liche près du feu. Amy aussi est près du feu. Elle n’est vraiment pas contente.

— Est-ce que je suis toute nue ?

— J’ai mis tes vêtements à sécher.

Je remarque que nous sommes sous une couverture.

— Je crois que ça va aller, avec la couverture.

— Tu es sûre ?

A-t-il idée tout l’effet que ça me fait qu’il soit si près de moi ?

— Où sommes-nous ?

— Une cabane que j’ai construite de mes mains après que tu sois « tombée » dans la rivière la première fois. Tu t’en souviens ?

— Je viens à peine de m’en souvenir !

Il est toujours sur moi. Je voudrais lui dire que je suis bien toute seule sous la couverture, mais sa chaleur est si douce, je ne peux me résoudre à le faire s’éloigner de moi.

— Alors, c’est quoi, ma surprise ?

Il me regarde, intrigué.

— Il y a quelque chose, n’est-ce pas, tout près d’ici, pour que tu sois le seul à pouvoir traverser la rivière ?

C’est à ce moment qu’il se lève. Je m’enroule dans la couverture. Lui, il est allé voir par la fenêtre.

— Elle est ici. Comment a-t-elle fait pour venir ici ?

Je me lève à mon tour. Je regarde dehors. Le décor à changé. On dirait que c’est l’automne. Les feuilles perdent leurs couleurs rapidement et tombent des arbres. La neige a fondu, le ciel est gris, on dirait que la nuit s’apprête à envahir le ciel. Et soudain, c’est l’évidence : la mort envahit les lieux !

22 avril 2008

Chapitre 50 – Un plan dangereux

Je me réveille subitement. Le ballon vient de faire un bruit infernal.

— On descend, Fë. Regarde !

Effectivement, le ballon perd de l’altitude. Je vois la rivière aux surprises tout en bas. Et si je demandais au ballon d’aller au-delà de la rivière. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ?

— Ballon, pourrais-tu aller au-delà de la rivière ?

Mais il continue de descendre.

— Fë, rappelle-toi de ce que Fafa a dit : seul Sauvage peut la franchir, cette rivière.

— Tu as raison…

Une idée me traverse l’esprit, mais avant de faire quoi que ce soit, je vais attendre d’être devant cette rivière.

Au sol, nous descendons. Lorsque tout le monde est par terre, le ballon s’envole.

— Merci…

En guise de réponse, il toussote et sans plus attendre, se laisse ballotter au gré du vent. Calli dans mes bras, je regarde la rivière. Elle semble calme et sereine, mais j’imagine qu’elle doit être pleine de surprises, comme son nom l’indique.

— Qu’est-ce qu’on fait, Fë ?

— Avant de continuer, on devrait peut-être manger, je n’ai pas encore d’idée pour traverser.

Mais il y a une idée farfelue à laquelle je pense depuis que Amy m’a fait remarquer que Sauvage était le seul qui pouvait la traverser. Mais je dois encore y réfléchir.

Après avoir bien mangé, je retourne au bord de la rivière. De mon pied, je touche à peine l’eau, mais de puissantes vagues frappent les rochers. Surprise, je recule brusquement et je tombe par terre.

— Elle est vraiment pleine de surprises.

Je regarde au-delà de l’eau, mais il n’y a aucune trace de la Sorcière. Le paysage est aussi magnifique que de ce côté-ci. Et j’ai un doute… Ce n’est peut-être pas par là. Mais c’est la seule piste que j’ai. Je me tourne vers Amy et Calli.

— À partir d’ici, vous n’êtes pas obligées de me suivre.

— Il n’en est pas question. Je vais aller aussi loin que je peux, avec toi.

— Et Calli ?

— Miaow, miaow !

— Elle veut venir aussi. De toute façon, y’a les chats blancs qui risquent d’apparaître d’un instant à l’autre.

— Je les avais oubliés, ceux-là. D’accord, mais vous n’aimerez pas mon plan.

— Et c’est quoi, ton plan ?

Je prends une pause. Comment leur annoncer un plan aussi dangereux ? Malgré tout, je suis heureuse qu’elles m’accompagnent.

— On va traverser la rivière, mais on ne pourra pas, elle ne voudra pas, alors, dans le meilleur des cas, Sauvage viendra nous sauver.

— Quoi ?!?! Mais s’il vient, ça c’est s’il vient, je vais disparaître !

— Je sais, mais si je te tiens comme il faut, tu resteras toujours avec moi.

— Mais je déteste quand il est proche de moi !

— Je sais, mais tu peux toujours rester ici. Ou mieux encore, je vais faire venir le prince de l’hiver et tu pourras retourner à l’auberge.

— … non, je vais rester avec toi.

— D’accord... Pour Calli, je vais la mettre dans ma poche. J’imagine que tu n’aimes pas trop l’eau, Calli ?

Elle se met à cracher vers la rivière, mais elle s’approche de moi. Je la prends et je la mets dans ma poche que je ferme soigneusement.

— Amy, prends ma main et en aucune manière, tu ne la lâches. Même quand tu vas disparaître, je la tiendrai toujours fermée.

— Tu es sûre qu’il va venir ?

J’ose le croire !

20 avril 2008

Chapitre 49 – Calli

Pendant le trajet, je prends Calli dans mes bras. Elle frissonne. Elle semble récupérer tranquillement. Elle ronronne doucement et me regarde avec ses beaux grands yeux jaunes. Vu de près, on dirait de l’or ! Calli vient de l’autre côté, comme moi. Mais de quelle manière est-elle venu ici ? Est-ce que ça serait moi qui l’aurait amenée dans ce monde ?

Je marche rapidement. Je cherche Sauvage. J’ai un chaton dans une couverture. Je veux le montrer à Sauvage. En fait, c’est un cadeau pour lui. Mais il n’était pas sous l’arbre solitaire. Habituellement, il m’y attend toujours. Mais pas aujourd’hui… Je me demande bien ce qu’il fait. Sûrement dans sa forêt. Décidée, je vais en direction du jardin. Amy s’approche de moi.

— Salut FëryKat !

— Salut Amy. Regarde ce que j’amène à Sauvage.

— Un petit chat ! Comme il est beau.

— Est-ce que tu sais où il est ?

— Je pense qu’il est dans sa forêt…

— J’y allais, justement. Tu viens avec moi ?

— C’est sûr !

Et nous allons jusqu’à la forêt de Sauvage. Lorsqu’on vient pour entrer, lui il sort.

— Fë ?

— Sauvage ! Regarde, un cadeau pour toi.

Je lui montre le chaton.

— Tu as vu, on dirait qu’elle a un petit manteau gris. C’est une fille et je l’ai appelé Calli.

Il prend la petite chatte et la fait monter sur ses épaules. Celle-ci veut monter sur sa tête. Je ris.

— J’adore ton cadeau, Fë !

— Je suis très contente. Je l’ai trouvé derrière chez moi.

— T’aurais pu la garder…

— J’en ai déjà un et je me suis dit que t’aimerais bien jouer avec elle. Elle est un peu sauvage.

Il se met à rire.

— Vous savez quoi ? Y’a le bal du printemps au village. Ça vous tente ? demande Amy.

— Oh ! oui, moi ça me tente. Tu va venir, hein Sauvage ?

— Bien sûr, Fë.

Et nous partons tous les quatre pour le village. [Souvenir]

En reprenant conscience, Amy me regarde en souriant.

— Ne me dit rien : un autre souvenir.

— Oui, quand j’ai amené Calli ici.

— Ton cadeau à Sauvage ! Il était vraiment content, je me rappelle.

— Amy, je voudrais te demander : tu n’as pas vieilli depuis ce temps-là, pourquoi ?

— Nous ne vieillissons pas. Seul Sauvage a vieilli.

— Mais pour Calli, ça ne vit pas si longtemps, un chat.

— C’est différent pour elle. Je crois que Sauvage y est pour quelque chose…

Je ne rajoute rien. Et si elle sortait d’ici, que se passerait-il ? Je continue à la flatter. Comme j’aimerais l’amener avec moi quand tout sera fini !

Chapitre 48 – Les chats blancs

Nous voyageons depuis quelques heures. La chaleur du feu nous permet de ne pas sentir le froid. Nous ne pouvons nous empêcher de regarder les environs. Que ce monde est fabuleux ! Puis, je remarque quelque chose en bas.

— C’est Calli, elle a des ennuis, pointe Amy dans la même direction que je regarde.

— Ballon, descend sur terre près de Calli.

La montgolfière semble réticente, mais m’obéit néanmoins. Plus nous nous rapprochons du sol, plus la situation s’éclaircie. Calli se bat contre un autre chat ; celui-ci est tout blanc. Calli se bat farouchement, mais l’autre chat semble plus fort. Est-ce le même chat qui avait blessé Calli, la première fois que je l’ai aidée ?

Le ballon se pose enfin et sans perdre un instant, je saute sur la terre ferme. Je perd l’équilibre, comme si mon voyage en ballon-nuage m’avait fait perdre mes repères. Mais je reprends vite le dessus et je m’approche de la bagarre. Amy veut me suivre, mais je lui dis de rester dans le ballon.

— Mais pourquoi ?

— Si Sauvage est là, tu ne pourras rien faire.

— D’accord, dit-elle, un peu déçue, mais je sais qu’elle se sent beaucoup plus en sécurité dans le panier du ballon.

Lorsque je me retourne pour voir la scène de combat, Calli est par terre, blessée au sang. Je cours vers l’autre chat.

— Oust ! vilain chat.

Je fais des mouvements des bras, mais cela ne semble pas impressionner le chat blanc. Je m’approche de Calli et je la prends dans mes bras. Puis, sans perdre un instant, je cours jusqu’au panier du ballon-nuage, mais d’autres chats blancs me coupent le passage. Ils sont plusieurs dizaines de chats qui m’entourent, m’empêchant d’aller rejoindre Amy. Je décide de mettre Calli dans ma poche de manteau qui est assez grande et j’affronte les chats blancs.

— Allez-vous en !

Moi qui adore les chats, ceux-là, je ne les aime pas. Et eux non plus, ne m’aiment pas. Ils me crachent à la figure et miaulent méchamment. Le cercle de chats se referment sur moi.

Puis, les chats s’arrêtent et laissent passer quelqu’un. C’est Sauvage ! Face à moi, il sourit. Il se met à gronder. Les chats miaulent en réponse, mais bientôt, les chats se tassent pour libérer le passage. Mais ils ne sont pas contents.

— Vas-y, Fë !

— Mais toi ?

— Je saurai me débrouiller…

Je souris pour le remercier et je cours vers le ballon. Je monte dans le panier sans perdre un instant et j’ordonne au ballon de reprendre le chemin en direction de la rivière.

— Je crois en toi, Fë, et tu as raison, je ne peux pas être ton ennemi, c’est impossible !

Il se met à courir et les chats le suivent. « J’ai confiance en toi, Sauvage ! »

— Miaoooowwwww !

— Calli !

Je sors la chatte de ma poche. Elle est vraiment en sale état.

— Oh ! non, Calli…

— Amy, tu va voir, ça va aller. Fafa nous a donné le nécessaire pour nous soigner. Et en plus, elle nous a donné du café guérisseur ! Je vais soigner ses plaies et tu lui donneras à boire.

Amy fait ce que je lui ai dit et moi je fais le nécessaire pour lui soigner ses plaies.

Quand j’ai terminé, je l’enroule dans une couverture que j’ai trouvé sur le petit divan et je l’installe confortablement sur ce même divan qui se trouve d’un côté du panier transporteur. Enfin, je peux respirer !

18 avril 2008

Chapitre 47 – Semblant de réponse et départ pour la rivière aux surprises

Je suis dans ma chambre, près du feu. Amy dort paisiblement. Fafa est venue me souhaiter bonne nuit, mais n’est pas restée longtemps. Elle a bien vu que je désirais être seule. J’ai besoin de réfléchir. Je suis sûre d’une chose : Sauvage pense que je l’ai abandonné et la Sorcière utilise se fait pour faire grossir le Monstre. Mais avant la venue du Monstre, Sauvage était déjà en proie à des humeurs changeantes qui avaient des répercussions sur ce monde. Sauvage se mutilait avant la venue du Monstre. Quelque chose s’est produit, lorsque j’ai « abandonné » Sauvage. Quelque chose s’est brisé en lui qui a « créé » le Monstre. Mais encore là, ce n’était qu’un embryon. Une autre chose s’est produite pour faire grandir ce Monstre : la venue de la Sorcière. Ça veut dire que la Sorcière aussi, vient de l’autre côté. Mais comment a-t-elle fait pour entrer ? Ce n’est pas moi, puisque je n’étais plus « ici », alors ça doit être Sauvage. Passeur ne l’aurait jamais permis à moins que Sauvage l’est accepté. Et même Sauvage ne l’aurait pas permis d’entrer, à moins qu’elle se montre très persuasive. Donc elle savait déjà qu’il y avait eu « rupture » entre moi et Sauvage. C’est à en perdre la tête ! Mais je peux dire que j’ai réussi à démêler les choses. Il ne me manque que les souvenirs et peut-être pourrai-je enfin libérer Sauvage de l’emprise de cette terrible Sorcière…

Je me réveille. Je ne me souviens plus de m’être assoupie, mais je me lève, déterminée à continuer mon voyage. Amy me sourit, toute endormie.

— Tu as l’air en forme, aujourd’hui.

— Ça, c’est sûr ! Aujourd’hui, on part en direction de la rivière aux surprises !

— Bon matin à vous deux !

— Bonjour Fafa, que nous répondons toutes les deux.

— Je vous amène un bon petit déjeuner. J’ai fait préparer des sacs de voyage. Et je vous ai donné une réserve de poudre de joie. Si la Sorcière ce trouve bien de l’autre côté de la rivière, vous allez en avoir de besoin.

— Merci, Fafa, tu es trop gentille.

— Ça me fait plaisir, ma petite FëryKat. Tu es comme une fille pour moi.

Amy et moi mangeons de bon appétit. Ensuite, nous nous habillons. Lorsque nous sommes prêtes, Fafa me demande :

— Et comment allez-vous voyager ? La rivière est quand même loin, me dit-elle en me donnant la carte.

Confiante, je souris.

— Il y a toujours un moyen de transport quand nous en avons besoin.

Et j’ouvre la porte. Devant moi ce trouve une montgolfière, mais au lieu du ballon se trouve un nuage. Il me semble vaguement me souvenir de mon rêve de cette nuit pour répondre à la question : comment nous rendre jusqu’à la rivière ? Voilà ma réponse.

— Toujours étonnante, ma petite FëryKat. Allez, toutes les deux, montez à bord.

Amy arrive près de notre moyen de transport la première. Je l’aide à monter et je fais de même.

— Est-ce que tu sais conduire ça ?

J’hausse les épaules. Puis, le « ballon » s’élève tranquillement dans les airs.

— Comment tu as fait ?

— C’est quand même un monde magique. Ballon, à la rivière aux surprises !

Un bruit étourdissant nous fait boucher nos oreilles. Nous voilà parties !

17 avril 2008

Chapitre 46 – Le rêve impossible

Un face à l’autre, on se confronte du regard.

— Moi aussi, je sais me battre…

Et je frappe du pied au sol. Et là, oh ! surprise, un halo de lumière blanche m’entoure, me servant de protection. Il recule de quelques pas, surpris. En moi, la colère gronde, mais je ne sais pas quoi faire de cette colère. Je ferme les yeux et je laisse mon imagination aller, je lui donne carte blanche. J’ouvre grands les yeux et des oiseaux blancs par centaines passent entre Sauvage et moi, nous séparant davantage. Cela a pour effet de faire revenir le décor. Deux magnifiques bâtons de magiciens se retrouvent entre mes mains. Je laisse partir mes bras et je dessine dans le ciel une aurore boréale. Et puis les étoiles sont là qui s’offre à moi et je joue la mélodie de Sauvage. Je le vois, en bas de la colline qui regarde le ciel, les larmes aux yeux.

Quand j’ai terminé, j’accoure à ses côtés. Le rêve que je souhaite, c’est à moi de le faire se réaliser. Face à lui, je le regarde, les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres.

— Tu ne peux pas faire disparaître ce monde. Il fait parti de toi… et de moi. Nous sommes liés par celui-ci. Je vais rester jusqu’à la fin, j’ai encore des souvenirs à me rappeler. Et je serai là, à la fin, parce que je t’aime !

Et là, comme au ralenti, je m’approche de lui. Je lui prends une main et de l’autre, je lui flatte le bras, pour apaiser la douleur de ses cicatrices. Je lève mes yeux. Je prends son visage entre mes mains.

— Tu ne peux pas être mon ennemi et ça, la sorcière l’ignore. Elle n’a pas de pouvoir sur ton cœur.

Tout doucement, je touche ses lèvres des miennes. Tout d’abord, il ne réagit pas. Il est tout froid, il a même arrêté de respirer, mais ensuite, viens une chaleur indescriptible. Et ses lèvres répondent aux miennes. Je n’ai jamais senti une telle onde de bonheur. Il me serre très fort dans ses bras. Je sens en lui une grande confusion.

— Fë, la Sorcière n’a peut-être aucun pouvoir sur mon cœur, mais elle a le pouvoir sur mon esprit, dit-il, désemparé.

— Je sais et je te jure, tu m’entends, je te jure que je vais trouver le moyen de te libérer de la Sorcière et par le fait même, de la faire disparaître de ce monde.

— Comment ?

— J’en ai pas la moindre idée, mais c’est sûr que quand je saurai, elle va débarrasser d’ici. Parole de FëryKat !

Je lui donne un dernier et ultime baiser passionné avant de m’éloigner de lui. Je m’éloigne un peu et je me retourne pour le regarder.

— Tu te rappelles quand nous étions enfants, le rêve que je n’avais pas réalisé, celui que je te disais que je ne pouvais pas faire avec les « rêves » et bien c’est effectivement le cas. Le rêve que j’ai fait ce soir c’était que je voulais que tu m’embrasses passionnément. Mais tu ne pouvais pas le faire puisque tu ne savais pas c’était quoi. Maintenant, tu sais !

Et je cours, euphorique. Il me rattrape et me prend par la taille. Je me mets à rire.

— Apprends-moi, Fë, comme tu le faisais si bien quand je ne comprenais pas les choses humaines.

— Pas tout de suite. Il y a des choses que moi aussi je ne comprends pas. Sois patient…

Et c’est à son tour de m’embrasser, cette fois on dirait qu’il veut goûter chaque parcelle de ma bouche.

J’aime ça, t’embrasser. Ça fait tout chaud ici.

Il prend ma main et la dépose sur son cœur. Effectivement, une grande chaleur se dégage de sa peau.

Mais notre bonheur prend fin abruptement. Il tombe à genou et se prend la tête entre les mains. Je m’agenouille à mon tour et le prend dans mes bras. C’est la Sorcière ! Mais que s’est-il passé ? J’aurais dû m’en douter ; elle n’est jamais bien loin. Mais comment fait-elle pour avoir une si grande influence sur lui ? Je l’aide à se lever.

— Fë, il va falloir que tu partes…

— Je sais. Mais elle n’a pas le droit de te faire du mal. Ce n’est pas juste ! Tu n’as jamais mérité un tel supplice.

Et la voilà qui apparaît tout juste derrière Sauvage. Comme la dernière fois, je ne peux pas voir son visage, mais je peux voir qu’une corde lumineuse va de la tête de Sauvage jusqu’à la main droite de la Sorcière. Et elle tire pour qu’il s’éloigne de moi.

— Elle t’a abandonné, Sauvage. Pourtant, elle t’avait promis qu’elle reviendrait toujours te voir. Mais tu ne peux pas la croire. C’est une menteuse !

Elle continue de tirer sur le lien qui les unit. Là, je suis vraiment fâchée.

— T’as peut-être raison de dire ça, Sorcière, mais attend que je me souvienne. Je suis convaincue qu’il y a une raison à tout ça. Je n’aurais jamais laissé tomber Sauvage. Jamais !!!

Sauvage me supplie du regard. J’accours vers lui, mais lorsque je viens pour me jeter dans ses bras, il n’y a plus personne. Je tombe dans la neige. Je me relève.

— Mais où a-t-elle emmené Sauvage ?

Je marche, décidée, mais je n’ai aucune idée de l’endroit où ils ont disparu.

Soudain, Amy se place devant moi.

— Où est-ce que tu veux aller cette nuit ? On va retourner à l’auberge et demain, nous irons à leur poursuite. Je savais…

— Quoi ?

— Que quand il t’embrasserait, tu ne te sauverais pas en courant. Mais je pensais aussi que ça le guérirait !

— Pour le guérir, il me manque des souvenirs. Comme j’aimerais confronter cette sorcière. Elle n’a pas le droit de profiter de la douleur de Sauvage. C’est ça, il faut que je trouve la source de la douleur de Sauvage. Il faut que je me souvienne de la naissance du monstre !

Je ferme les yeux, mais je sais que ça ne viendra pas aujourd’hui. J’ai à faire d’autres choses avant. Mais comme je suis impatiente de sauver Sauvage !

— D’accord, nous retournons à l’auberge, Amy !

Et nous partons en direction de l’auberge.

16 avril 2008

Chapitre 45 – Fais-moi peur !

Toujours devant le miroir, je regarde mon reflet. Ce que je pouvais être intense, mais en y pensant bien, j’ai toujours été intense comme ça. Mais souvent, je le cachais à l’intérieur de moi. Mais je me rappelle quelques crises, comme si une partie de moi voulait éclater comme une bombe et une autre partie de moi qui voulait par tous les moyens refréner les flots d’une eau impétueuse. Souvent, ce que les autres racontaient m’empêchaient de faire des choses. Je les écoutais et je me disais qu’ils avaient raison. J’avais cette façon de faire tellement naturelle que je pouvais m’empêcher moi-même de faire des choses. Mais pourquoi donc je m’empêchais de dire à Sauvage que je l’aimais plus que tout ? Dans ma tête de petite fille, qu’est-ce qui m’interdisait de dire à Sauvage tous les sentiments contradictoires qui se bousculaient en moi ?

Je regarde autour de moi pour voir où est Amy, mais elle n’est plus là. Je sors de la pièce aux miroirs et près de la fontaine, il est là, il lance des pierres dans l’eau, comme dans mon souvenir. Je m’approche de lui avec le sourire, mais lui a un visage de marbre.

 Bonne fête… dit-il d’une voix méprisante.

 Ce n’est pas ma fête…

Je sais qu’il le sait, mais ça ne l’empêche pas de ce montrer arrogant. Je décide de jouer son jeu.

 Et où est mon cadeau ?

 … suis-moi !

Et il s’éclipse. Je le suis. Mais je ne le vois nulle part.

 Tu es exaspérant, tu le sais au moins ?

 Si tu le dis !

Je sursaute en criant. Il est derrière moi. Son regard est loin de me plaire. Comme ces humeurs sont changeantes ! Comme j’aimerais qu’il se montre doux, mais qu’est-ce qui peut se passer quand on ne se voit pas? Mais n’ai-je pas dit que je serais toujours à ses côtés, peu importe le monstre qu’il pourrait devenir ?

 Et le cadeau ? Tu as dit que j’avais un cadeau !

 Oui, mais tu devras le gagner !

Il court et j’essaie de le suivre.

Après un certain temps, nous arrivons en vue du chapiteau. La courses sur les chevaux-nuages ! Je me mets à courir et je le dépasse.

 Le premier qui arrive gagne un rêve !

Il court à son tour. Il arrive le premier à la tente, mais il n’y a personne pour nous accueillir. Sa présence fait disparaître tout le monde ! Les lumières deviennent bleues, le décor est plus triste. Il va jusqu’au milieu de la piste. Je reste en retrait. Il lève ses bras et des marques apparaissent sur sa peau. Je mets mes mains sur ma bouche pour m’empêcher de crier.

 Tu aimes le spectacle, Fë ?

Le décor change, plus macabre. J’entends des rires. Quelqu’un s’amuse, mais elle est bien la seule : la Sorcière ! Je me précipite sur lui avec un morceau de tissu d’une robe trouvée dans la pièce d’avant. Je lui prends un bras et je veux l’envelopper du bout de tissu, mais il dégage son bras rapidement, risquant de me faire tomber. Je vois rouge…

 T’es pas croyable ! Si tu veux te saigner à blanc, t’a pas besoin de ma permission. Je comprends rien, Sauvage, je comprends absolument rien !

Mais il ne me répond pas ; des ailes lui poussent dans le dos. À moi aussi et je me retrouve dans le ciel, près d’une nuée de chevaux-nuages. Toujours avec la rage au ventre, j’en prends un.

 Allez, Sauvage, regarde qui va gagner.

Et mon cheval part à vive allure. Comme c’est exaltant, voler dans le ciel. Et je lance un cri. Le cheval de Sauvage me suit de près. Lui aussi lance un cri, mais mon cheval est plus rapide, comme si c’était voulu ainsi. Et je gagne la course ! Je tombe sur l’énorme lit et je ferme les yeux. « Je veux que Sauvage m’embrasse d’un baiser passionné ! » Et là, l’angoisse me prend, m’empêchant de respirer.

J’ouvre les yeux. Il est tombé sur le lit à son tour. Je me lève et je m’éloigne. Qu’est-ce qui m’a prise de faire un tel souhait ? Je respire rapidement et j’ai chaud, subitement, même si le vent est glacial. Il s’approche de moi à pas de loup. Il a même l’air d’un loup qui traque une brebis.

 Tu as gagné, on dirait…

 C’est exact. Toi, tu as perdu !

 Et qu’as-tu fait, comme rêve ?

 Rien de particulier…

Il continue de s’avancer vers moi. Je me retrouve rapidement sur le haut de la colline, là où habituellement, on peut retrouver la charmeuse d’étoiles.

 Tu fais même fuir les étoiles…

 On dirait… dit-il dans un souffle rauque.

 Tu… tu veux me faire du mal ? C’est la sorcière qui t’envoie me faire peur ? Comme une petite marionnette, tu obéis au doigt et à l’œil.

Là, je ne suis plus sûre de rien. Qu’est-ce qui m’a prise, encore ? Est-ce que je veux mourir aujourd’hui ? Il me prend le poignet et l’air devient lourd, le paysage disparaît peu à peu.

 Tu as peur de moi, n’est-ce pas ?

 Et toi… tu as toujours douter de moi ? En ce moment précis, j’ai peur de toi, extrêmement peur de toi, mais je suis là…

Le tonnerre gronde et le noir se fait autour de nous.

 Tu es mon ennemi, c’est ça ? Lâche-moi !

 Appelle Passeur…

 Jamais ! Pas avant d’avoir été au bout de cette histoire.

 Je peux te faire très mal, tu sais.

 Vas-y, si tu y tiens tant que ça !

Là, le torrent a cédé et je ne sais pas ce qui va se passer.

15 avril 2008

Chapitre 44 – Un cadeau pour ma fête

— Allez, Fë, moi je suis presqu’au bout !

— C’est pas juste, tu le connais le labyrinthe.

— Pas du tout, ça change à chaque fois que tu le fais. Allez, tu n’as qu’à le visualiser dans ta tête. C’est facile !

Je m’exaspère. Dans ma tête, c’est le fouillis total, mais j’ai comme une image qui l’instant d’une demi-seconde, s’imprime dans ma tête.

— J’arrive !

Quand j’arrive au bout, il m’attend avec un sourire triomphant.

— Tu peux bien être fier. Je ne suis pas très bonne dans les labyrinthes. Et en plus, si tu dis que ça change à chaque fois, je ne pourrai pas me pratiquer.

Et je m’attarde sur les miroirs.

— Tu as mis des miroirs face à face !

— Tu vas pouvoir voir si ça va jusqu’à l’infini.

— Comment ?

— Tu entres dans le miroir.

Et effectivement, je peux passer à travers le miroir et c’est pareil que tout à l’heure. Et j’avance et toujours la même pièce.

— Tu pourrais faire ça toute la journée, si tu veux, y’a pas de fin. Mais j’ai une autre surprise pour toi.

Je le suis, toujours émerveillée. L’autre pièce m’intrigue ; tout ces miroirs alignés servent à quoi ?

— Dans chaque miroir tu peux voir une de tes personnalités. Essaie !

Je regarde dans le premier et je me vois avec une robe jaune. Je suis heureuse et je ris. Sauvage m’a devancée et il est déjà rendu au dernier. Sans trop savoir pourquoi, je le regarde. J’ai l’impression qu’il a arrêté de respirer. Puis, il se sauve. Je ne prends pas le temps de me regarder dans les autres miroirs et je regarde dans le dernier. Celui-ci est sombre. Je ne m’attarde pas trop et sors dans un jardin où il y a une fontaine au milieu. Il s’y trouve et lance des cailloux dans l’eau.

— Sauvage, est-ce que ça va ?

— Oui, très bien...

Je sais bien, au son de sa voix, qu’il ne va pas bien du tout.

— Qu’est-ce que tu as vu dans le miroir ?

Il se tourne vers moi avec le visage défait.

— Est-ce que tu as peur de moi ?

— Non, pas du tout.

— Je veux dire… des fois, je te fais peur, n’est-ce pas ?

J’hésite sur ce que je dois dire.

— …Oui, des fois, j’ai peur de toi.

— Et si je devenais un monstre, tu partirais à tout jamais, j’en suis sûre !

— Qu’est-ce que tu racontes ? Tu ne deviens pas un monstre ! Tu es Sauvage, mon Sauvage. Comment pourrais-tu devenir un monstre ?

— Toi, est-ce que tu as vu quelque chose dans le dernier miroir ?

— C’était sombre, je n’ai pas vu mon reflet.

Il se renfrogne. Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Est-ce que c’est grave ?

— Tu vas avoir peur de moi et tu vas partir à tout jamais !

— Y’en est pas question ! Jamais, tu m’entends, jamais !

Je me mets à pleurer et je pars en courant. Je vais jusqu’à l’auberge de Fafa où elle m’accueille avec joie.

— Mais qu’est-ce que tu as, ma puce ?

— Sauvage dit des choses bizarres. Il dit que je vais avoir peur de lui et que je vais partir pour toujours. Je veux pas partir. Je l’aime trop, Sauvage !

— Est-ce que tu lui as dit, que tu l’aimes comme ça ?

— …Non. Je suis sûre qu’il ne comprendrait pas. On dirait que je n’ai pas le droit, de l’aimer comme ça. Alors, je dis rien.

— Peut-être qu’il t’aime aussi, mais qu’il ne comprend rien à ce qui se passe à l’intérieur de lui. Peut-être que si…

— Mais s’il se met en colère à cause de ça ?

 À ce moment, Sauvage arrive dans la pièce. Il s’avance vers nous et prend ma main. Puis, nous sortons.

 Bien vite, nous nous retrouvons près de l’arbre solitaire, celui à côté du petit lac.

— Excuse-moi, j’ai gâché ta fête…

— …

Je ne sais plus où me mettre. Est-ce qu’il a entendu ma conversation avec Fafa ? Et puis, je me tourne franchement vers lui et je lui dis :

— Même si tu devenais le plus monstrueux des monstres, je resterais avec toi, parce que…

 Il penche sa tête sur le côté. Il attend. Il attend des mots que je ne suis pas capable de prononcer : « … parce que je t’aime, Sauvage ! »  [Souvenir]

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