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01 mai 2008

Chapitre 54 – La rencontre

Depuis que nous sommes déménagés, je viens souvent jouer dans la forêt, derrière chez moi. Je n’ai jamais été très bonne pour me faire des amies et de toute façon, j’aime beaucoup mieux jouer à faire comme si j’étais dans un monde fabuleux, avec pleins de personnages extraordinaires et de lieux fantastiques.

Dans la forêt, il y a l’arbre solitaire. Cet arbre est tout seul au milieu d’une étendue d’herbe. Je viens souvent m’asseoir près de lui pour inventer des histoires.

Aujourd’hui, j’ai senti la présence de quelqu’un. J’ai voulu savoir qui c’était, mais il ne voulait pas se montrer à moi. Je l’ai appelé Sauvage.

Ça fait une semaine que je ne suis pas venue dans la forêt. Mais ça ne m’a pas empêchée de continuer à inventer plein de nouveaux personnages et de lieux pour mon monde imaginaire. Et bien sûr, j’ai imaginé des histoires avec Sauvage, j’espère qu’il va se montrer, cette fois…

 

Je cours dans la forêt jusqu’à l’arbre solitaire. Je m’arrête, car il y a quelqu’un sous l’arbre. Il se lève quand j’arrive.

— Ça fait longtemps que tu n’es pas venue ici…

— Sauvage !

— C’est quoi ce nom ?

— C’est ton nom, parce que la dernière fois, je t’ai trouvé un peu « sauvage » de te sauver.

— Je ne me suis pas  « sauver », c’est juste que… Je ne suis pas supposé me montrer à toi, humaine.

— Humaine ? Tu n’es pas humain, toi ?

— Je suis un être de la forêt. Je suis le gardien d’une partie de la forêt, mais je n’ai plus de forêt à garder.

— Pourtant, tu es ici. Tu dois être le gardien de cette forêt !

— Ce n’est pas moi. Le gardien me laisse faire, mais je devrai partir, un jour.

— Quoi ? Mais je viens à peine de te rencontrer ! Et où est ta forêt ?

— Les machines l’ont détruite…

Il se détourne de moi.

— Est-ce que je peux faire quelque chose ?

— Peut-être que si tu me trouves une forêt…

— Oh ! oui, dans mon monde, il y a une forêt… juste pour toi !

Il penche la tête sur le côté avec un regard interrogateur.

— Dans ton monde…

— Mais avant, il faut trouver Passeur. C’est lui qui va nous faire entrer !

Je viens pour partir, mais il m’effleure la main. Je m’arrête, surprise par tant de douceur. Il approche sa tête de la mienne. Dans ses beaux grands yeux verts, j’y vois toute une forêt balayée par le vent. 

— Si j’accepte d’aller dans ton monde, me promets-tu de toujours venir me voir ?

— Ça, c’est sûr ! Suis-moi, maintenant.

Je lui prends la main et je me mets à courir. Je suis toute contente d’être l’amie d’un gardien de la forêt. Je suis même convaincue que je vais trouver Passeur et qu’il va nous emmener dans mon monde. Mais ma joie est de courte durée. Je dois me rendre à l’évidence que Passeur n’est qu’un personnage issu de mon imagination. Je ne peux quand même pas décevoir Sauvage.

— Regarde, humaine, je crois que c’est Passeur, là-bas.

Je le regarde, les deux poings sur les hanches.

— Je ne m’appelle pas « Humaine ».

— Et comment tu t’appelles, alors ?

— Je m’appelle FëryKat, mais tu peux m’appeler Fë.

— Comme les petites fées des bois !

— Elles existent pour de vrai ?

— Bien sûr. Tu en doutais ?

— Et bien…

— Bonjour FëryKat, bonjour Sauvage.

Je bondis dans les airs. C’est Passeur, il est devant moi, en chair et en os. J’en crois pas mes yeux !

— Alors, on veut aller dans le monde des rêves ?

— … Euh… oui…

— Suivez-moi !

Et Sauvage me prend la main, avec le sourire aux lèvres. Je lui trouve un air taquin, on dirait qu’il cache quelque chose.

Et puis, nous arrivons à une porte dans un arbre. J’ouvre grand les yeux. Est-ce que ça arrive pour de vrai ?

— Prenez-moi chacun une main. Comme ça. Faites un beau voyage…

 Et nous voilà près d’un arbre dans un champ.

— C’est l’arbre solitaire !

— Et où est ma forêt ?

Je suis toute confuse. C’est vrai, je lui ai dit qu’il y avait une forêt juste pour lui dans mon monde. Je regarde autour de moi. J’aperçois un petit lac. Je cours vers ce lac et je regarde à l’intérieur.

— Il faut regarder dedans pour se retrouver de l’autre côté.

Et son visage se retrouve près du mien, toujours avec son petit sourire. Est-ce qu’il se moque de moi, ou quoi ?

— Attends ! C’est toi, hein, qui a fait de mon monde quelque chose de réel ?

— De quoi tu parles ? Tu m’as dit que tu avais un monde et qu’il y avait une forêt pour moi. Donc, je suis venu jusqu’ici pour garder ma forêt.

Il se regarde dans l’eau et le voilà de l’autre côté.

— Qu’est-ce que tu attends ? Tu ne veux pas découvrir ton monde ?

— Alors, c’est toi…

Et je me retrouve de l’autre côté, moi aussi. Il s’est mis à courir et j’essaie de le rattraper, mais c’est impossible, on dirait qu’il plane sur le sol. Alors, je décide de marcher et de regarder autour de moi. Je suis dans un genre de petit village où il y a des décorations et des gens déguisés.

— Fë, tu viens. Je crois que ma forêt est par-là !

Et je le suis dans une forêt. Dans cette forêt, les oiseaux chantent une merveilleuse mélodie, des fleurs de toutes les couleurs fleurissent les arbres et des papillons magnifiques qui virevoltent partout. Comme c’est merveilleux ! Et bientôt je me retrouve devant une entrée faite de fleurs, de branches emmêlées et de vignes. J’entre et j’ai le plaisir de découvrir le jardin de Sauvage avec les sommets des arbres qui se rejoignent pour faire un toit. Sauvage prend ma main et m’emmène près d’une chute d’eau qui se déverse dans un petit lac.

— C’est parfait, Fë, merci beaucoup… [Souvenir]

 Et c’est ainsi que mon monde imaginaire devint réalité. Grâce à Sauvage…