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04 mai 2008
Chapitre 56 – Comme si j’y étais
— Alors, Fë, comme il est triste, le château de Sauvage.
— Passeur, j’ai tout raté. Sauvage est devenu le monstre !
— Tu le crois vraiment ? Fais un petit effort, Fë. Tu t’es rendue jusqu’ici, tu veux vraiment repartir et le laisser comme ça ?
— Je ne veux pas m’en aller, mais je n’ai pas pu me souvenir de la naissance du monstre.
— Mais tu t’es rappelé beaucoup de choses, n’est-ce pas ?
— Oh ! oui et j’ai retrouvé mon journal. Mais il n’y avait plus les dernières pages !
— Je sais… J’ai pu le cacher. Je suis bien content que tu l’aies retrouvé.
— Je l’ai laissé là-bas pour que Sauvage puisse le lire, mais c’est trop tard.
— Il n’est jamais trop tard. Rappelle-toi, Fë, le jour où tu as dû dire adieu à Sauvage…
Adieu à Sauvage…
Je suis assise sur ma chaise de travail et j’essaie de faire mes devoirs, mais je suis incapable de me concentrer. Je ne comprends rien à ce que je dois faire. La seule chose à quoi je pense, c’est à Sauvage. Ça fait une semaine que je ne suis pas été dans « notre » monde. Il va sûrement se demander pour quelle raison je n’y suis pas retournée. La raison est simple : depuis que je suis revenue en pleurant, maman ne veut plus que j’aille dans la forêt. J’ai essayé de la convaincre, mais rien à faire. J’ai même essayé d’y aller en douce, mais elle a toujours un œil sur moi.Je me mets à pleurer. « Sauvage… »
— Alors, qu’est-ce qui se passe ?
Mon cœur manque un battement. Sauvage se tient dans l’embrasure de ma fenêtre, les mains sur les hanches. Je suis toute affolée. Et si maman arrive dans ma chambre ? Je vérifie si la porte est bien barrée et je me tourne vers lui.
— Ne parle pas si fort, sinon maman pourrait t’entendre.
Il fait le tour de ma chambre et j’ai le temps de remarquer des marques sur ses bras.
— Qu’est-ce que tu as sur les bras ?
— Ha ! ça, je… je me suis battu avec Calli. Tu sais comme elle peut être « sauvage »…
Je ne rajoute rien. J’ai l’impression qu’il me ment. Lorsqu’il a fini l'inspection de ma chambre, il se tourne vers moi.
— Ça fait longtemps que tu n’es pas revenue. Qu’est-ce qui s’est passé ?
— Je…
J’essaie de respirer, mais on dirait qu’il n’y a plus d’oxygène.
— Je ne pourrai plus aller dans notre monde.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Maman pense que ça me rend trop triste, alors elle ne veut plus que j’y aille.
— Tu veux dire… que tu es triste avec moi ?
— Non, c’est maman qui…
Mais son regard a changé, il est devenu plus mauvais.
— Je le savais !
Et il sort en coup de vent.
Oh ! non, ce n’est pas ça, Sauvage. C’est maman qui pense ça, moi, j’aime tellement y être, dans notre monde, avec toi à mes côtés. J’aimerais toujours être près de toi… Oui, c’est ce que je dois te dire, Sauvage, je dois te dire que je t’aime !
À mon tour, je sors par la fenêtre, sur le petit toit. Dehors, il fait froid, il vente et il pleut. Mais ça ne me dérange pas. Je ne sens ni le vent ni la pluie, je ne sens que la douleur de mon cœur qui souffre. Est-ce qu’il me déteste ? Pourquoi croit-il que je suis triste avec lui ? Comment faire pour descendre du petit toit ? Ha ! oui, la gouttière. Je descends le long de la gouttière et voilà que je cours en direction de la forêt. Je ne vois pas où je vais, mais je cours.
— Sauvage ! Sauvage, t’es où ?
Mais aucune réponse.
— Passeur, je veux retrouver Sauvage !
Et je cherche Passeur, mais le temps passe et je ne vois aucune trace de lui. Et je trébuche sur une racine et je n’ai pas la force de me lever. Et je pleure…
De l’autre côté…
— Je le savais !De retour dans le monde des rêves, Sauvage court jusqu’au lac près de l'arbre solitaire en se grattant les bras jusqu’au sang. Il voit que Passeur est prêt à retourner dans le monde « réel », mais Sauvage le rattrape.
— Qu’est-ce que tu fais, Passeur ?
— C’est Fë, elle m’appelle.
— Ne va pas la chercher. Je te l’interdis !
— Sauvage, il pleut de l’autre côté, et Fë peut tomber malade si elle reste dehors trop longtemps.
— Mais ici, c’est moi qui la rend malade…
Et il se met à courir.
Depuis le tout début, il se berce d’illusions. La première fois qu’il l’a vue, dans la forêt, il ne put s’empêcher de vouloir la connaître. Elle le fascinait. Donc, lorsqu’elle était revenue dans la forêt, il s’était montré à elle. Il savait qu’il ne devait pas le faire, il savait que le gardien de cette forêt n’approuvait pas son geste, mais comme il avait perdu sa forêt, il n’avait plus rien à perdre. Et il avait profité du fait qu’elle avait tout un monde imaginaire pour en faire une réalité. Il pouvait de nouveau garder une forêt, tout un monde en fait. Mais peu à peu, à chaque fois qu’elle venait le voir, quelque chose grandissait en lui, une chose qui le dérangeait, une chose qu’il ne connaissait pas. Et il devenait de plus en plus irritable. Et il ne pouvait s’empêcher de lui faire peur avec ses colères. Et voilà qu’elle est triste avec lui. Il se déteste pour ça. Il gratte de nouveau ses plaies.
Il court depuis un bon moment lorsqu’il enjambe la rivière aux surprises d’un seul bond. La pluie se met à tomber. Il arrive devant le château et avec rage, ouvre les portes avec fracas. Il avance, décidé… [Souvenir]
Et après…
(ce qui suit ne s’est pas produit dans mon souvenir, mais ce passe réellement maintenant, comme si j’y étais vraiment)
…mais Sauvage s’arrête, stupéfait. Fë est là, par terre, en train de pleurer.
— Fë ?Elle se lève d’un bond et accoure vers lui. Elle se jette dans ses bras.
— Ce n’est pas vrai, Sauvage, je ne suis pas triste avec toi. Tu me détestes, c’est ça ?
Il la regarde comme si elle était irréelle. Il se recule.
— Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu n’es pas supposée d’être ici ! Vas-t’en immédiatement !
— Oh ! non, je veux rester avec toi pour toujours… Ne m’abandonne pas !
— Mais je suis un monstre, Fë, le miroir me l’a montré et toi, tu vas partir pour toujours.
— Non, tu n’es pas un monstre, Sauvage. Je suis là, non ?
— Mais t’es pas supposée être là !
Il gronde et Fë se bouche les oreilles.
— Tu veux que je parte, c’est ça ?
— Qu’est-ce qui se passe ?
— Je vais partir, mais avant, je dois te dire une chose très importante… je t’aime !
Tu m’aimes… mais qu’est-ce que c’est, l’amour ?
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