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05 mai 2008

Chapitre 57 – Toi aussi, tu m’aimes !

Dans ses bras, il continue à me faire danser. Et je le regarde et cette fois, je sais que c’est bel et bien Sauvage qui me fait tourner. Je me colle tout contre lui.

— Je suis bien avec toi, Sauvage.

— 

— La première fois que j’ai senti ta présence, dans la forêt derrière chez moi, je savais que je voulais être ton amie. En fait, je voulais plus que ça, mais je ne le savais pas à l’époque.

— 

— Et tu as fait de mon monde imaginaire une réalité. Mais tu as fait que notre rencontre fut la plus belle chose au monde. Et de cette manière, je pouvais revenir te voir. J’avais de la difficulté à dormir la nuit. J’étais triste, mais c’était parce que j’étais loin de toi. Et tous les rêves que nous faisions, ensemble ; tes rêves terribles et dangereux et mes rêves doux de fêtes et de princesses. Si différents, pourtant notre monde est la plus belle chose que nous avons créé. Et de la création de ce monde est née quelque chose d’important : notre amour !

Il s’arrête et s’éloigne de moi. Je remarque qu’il n’y a plus aucun danseur. La lumière s’est éteinte et le vent souffle fort. Il fait froid tout à coup. Je ne peux m’empêcher de grelotter.

— Je t’aime, Sauvage, depuis toujours. Et ce jour-là, lorsque tu pensais que je ne voulais plus retourner dans notre monde parce que j’étais triste, tu te trompais. Je suis retournée dans la forêt pour te dire combien je tenais à toi, mais Passeur n’est jamais venu. Maintenant, je sais pourquoi, mais tu as vu, n’est-ce pas, tout à l’heure, tout ce que je voulais te dire et que je n’avais jamais osé dire avant ce jour-là. Et tu sais pourquoi je n’osais pas te le dire : c’est que je croyais que tu ne voudrais plus être mon ami. Je savais aussi que je ne pouvais pas vivre dans notre monde et que toi, tu ne voulais plus revenir dans la réalité. Pourtant, je sais que toi aussi tu m’aimes, depuis toujours, mais tu ne connaissais pas ce sentiment.

Le vent se lève. Je serre mon manteau tout contre moi, mais le froid me mord la peau.

— Mais qu’est-ce que c’est, l’amour ?

Je lui touche son cœur.

— C’est ce que tu ressens, là, dans ton cœur. C’est un sentiment libre et fou, tout comme toi, Sauvage. Quand on emprisonne notre amour dans notre cœur, il se produit un drôle de phénomène : cette amour devient un monstre. Il nous fait mal, il nous brûle à l’intérieur. L’amour est fait pour être partager et non pour le garder dans une prison…

Il y a maintenant une tempête à l’intérieur du château. Il s’approche de moi. Je vois sur son visage toutes les différentes expressions que je lui connais : la joie, la tristesse, la colère, les interrogations, le rebelle, le blessé, l’exalté et même… le Monstre.

— Le Monstre fait parti de toi. C’est ton amour pour moi que tu as toujours gardé pour toi. Et je n’étais pas mieux. Je n’avais jamais été capable de te le dire avant mon retour ici. Pour libérer le Monstre, dis-moi que tu m’aimes !

Et là, c’est une véritable tornade. Nous nous retrouvons en plein dans l’œil du cyclone. Il me serre dans ses bras.

— Mais ça fait mal, Fë !

— Je sais…

Et je ressens la douleur. Un cri m’échappe. Je me rends compte que le Monstre était « notre » amour, celui qu’on ne voulait s’avouer, celui qu’on avait emprisonné. Étant un être de la forêt, Sauvage n’avait connu que l’amour inconditionnel, celui qu’il donnait à la nature, avec respect et amour. Mais quand il s’est retrouvé sans aucune forêt à protéger et qu’il m’a rencontrée, il a rencontré aussi ma nature d’humaine et le seul amour que je connaissais, l’amour humain, avec ses forces et surtout, ses faiblesses. Sans m’en rendre compte, je lui communiquais mes émotions et mes sentiments et surtout, l’amour que je gardais pour moi, car je croyais que ce n’était pas bien, d’aimer. J’avais l’impression que d’aimer Sauvage, c’était mal.

Il me serre tout contre lui.

— Je t’ai appris des choses, Sauvage, mais je ne suis pas sûre d’avoir été un bon professeur.

— J’aurais dû te poser des questions sur ce que je ressentais, au lieu de cela, je me faisais du mal…

— Mais aurais-je pu te répondre ? Je le sais aujourd’hui, parce que j’ai vieilli et que je vois les choses différemment. Quand on est une enfant, on sent des choses, mais on ne comprend pas tout. Je m’excuse de t’avoir fait du mal.

— Tu n’as rien fait de mal…

Son visage tout contre le mien, je ne ressens plus la douleur ni la tempête. Une chaleur intense vient me réchauffer. Nos cœur battent à l’unisson.

— Je t’aime, Fë…

D’un seul coup, la tempête cesse.