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28 juin 2008

Chapitre 69 – Feu-Foo et le Prince de l’hiver deviennent amis

Ma course effrénée me mène jusqu’au devant de notre château. Je le regarde un instant, mais il n’est plus du tout effrayant. Il est paisible et d’une beauté à couper le souffle. Puis, je me mets à frissonner.

— Mon manteau ! Il fait froid dehors sans manteau !

— Vite, rentrons nous réchauffer, dit Sauvage.

— Nous, on reste dehors en attendant, dit Amy.

Sauvage m’entraîne à l’intérieur du château et dès que nous avons passé la porte, il me prend dans ses bras.

— Là, je me porte beaucoup mieux, que je lui chuchote à l’oreille.

Il prend mon visage entre ses mains et me regarde droit dans les yeux. Même s’il sourit, ses yeux sont tristes. Puis de la tristesse naît une douce paix. Dans ses yeux, une prairie où le blé ondule tranquillement au gré du vent.

— Nous allons nous revoir, Fë, je t’en fais la promesse.

— Je ferai tout mon possible pour revenir te voir. Dès qu’il me sera possible, je reviendrai dans ce monde.

— Y’a-t-il quelque chose que je peux faire pour toi, là maintenant ?

— Embrasse-moi…

Il ne se fait pas prier. Son baiser est intense. Cette fois, mes sens sont en éveil. Mes mains lui touchent son visage, son cou, ses épaules pour ensuite aller dans son dos. Dans mon corps, on dirait qu’un feu m’embrase toute entière. Je n’ai jamais senti une telle énergie en moi. Et Sauvage qui porte ses lèvres sur mon visage, mon cou, mes épaules. Puis, il semble indécis et surtout, troublé.

— Fë… je… je me sens si… je n’arrive pas à décrire. Est-ce une chose humaine ?

Je le regarde, essoufflée. Une chose humaine ? Je ne saurais dire. Moi-même je ne sais quoi penser de ce que je ressens.

— Peut-être… Il y a quelque chose qui s’en approche, mais… je ne sais pas si je suis prête.

Il s’éloigne de moi. Je lève ma main pour lui signifier que je le veux près de moi. Il la prend dans la sienne.

— Si tu n’es pas prête à m’apprendre cette chose, je comprends. Nous ne sommes pas obligés maintenant. Je suis tout aussi confus que toi et je pense que c’est une bonne chose que ce ne soit pas tout de suite. Nous avons suffisamment eux d’émotions fortes jusqu’à maintenant.

Je m’approche et pose ma tête sur son épaule.

— Tu as raison, surtout que Amy et Calli nous attendent dehors.

— Je vais chercher ton manteau !

Il prend le temps de me donner un baiser sur la tête et s’éloigne. Puis, revient après seulement une trentaine de secondes.

— Voilà !

Il m’aide à me vêtir et nous sortons.

Dehors, Amy vient à notre rencontre.

— Il était loin, ton manteau, Fë…

Je ne peux m’empêcher de rougir. Elle se met à rire.

— Je sais bien que tu l’aimes, Sauvage, mais moi aussi je veux jouer avec toi.

Je me mets à rire.

— Bien sûr, Amy, nous allons nous amuser !

Et tous les quatre, nous traversons la forêt, celle que je n’avais pu traverser et nous nous approchons de la rivière aux surprises.

— Je ne veux surtout pas me retrouver dans la rivière comme l’autre jour !

— Bien sûr que non, cette fois, tu seras toute sec, Amy. Embarque sur mon dos. Calli, dans mes bras.

La chatte obéit et bien vite, Sauvage a sauté de l’autre côté de la rivière et est de retour près de moi.

— Tu n’as qu’à me tenir la main.

Il la prend sans attendre et je saute à ses côtés. Je suis légère comme une plume. Ça fait différent de la dernière fois !

Sur l’autre rive, Amy me regarde, les yeux pleins d’interrogations.

— Et maintenant ?

Je veux lui répondre, mais j’entends un bruit, comme si quelque chose glissait sur la neige. Je me retourne vers ce bruit et voilà que j’aperçois le traîneau du Prince de l’hiver et à son bord il n’y a nulle autre que Feu-Foo.

— Juste à temps !

— Comment avez-vous su que nous nous trouvions ici ? demande Amy.

— Passeur nous a averti. Il y a de la place pour tout le monde.

— Et Feu-Foo…

— Elle a bien voulu m’accompagner. C’est étrange, mais je pourrais presque dire qu’elle veut être mon amie, maintenant.

— Ne t’emballe pas trop vite, Prince de l’hiver. Je n’ai jamais dit que je voulais être ton amie !

— T’as pas à me le dire, ta présence le confirme. De toute façon, t’arrête pas de dire des mensonge, alors…

— Comment ça, je dis des mensonges ? Jamais de la vie ! C’est toi qui veut entendre n’importe quoi.

Si tu le dis, conclut-il, en haussant les épaules.

Et tout le monde ce met à rire, même Feu-Foo sourit malgré elle.

— Et où voulez-vous aller ?

— Au Circus-Minus !

— Alors, c’est parti !!!

Le traîneau nous emmène sous un ciel légèrement turquoise. Comme c’est merveilleux d’avoir un monde imaginaire !

Chapitre 68 – Encore un peu de ce monde merveilleux

— Fë… Mon amour…

Je suis sur la neige, à l’air libre maintenant. Sauvage est devant moi. Je suis toute étonnée. Puis je réagis vivement : je me jette dans ses bras.

— Pardonne-moi, Sauvage, tout est de ma faute!

— Mais, Fë, je n’ai rien à te pardonner.

— Mais c’est moi… la Sorcière, c’est moi!

— Disons que c’est comme le Monstre, c’est une partie de toi et une partie de moi. C’était comme la mauvaise voix dans ma conscience, celle qui m’empêchait d’être heureux. Celle qui me blâmait. C’était moi qui me blâmait. Elle était pratique lorsqu’on ne veut pas voir la vérité.

— Quelle vérité?

— Que je suis, depuis toujours, amoureux fou de toi.

Et sans attendre, il m’embrasse, passionnément.

— Est-ce que ça comble ton « rêve » inachevé?

— Qu’est-ce que tu racontes?

— Je ne sais pas comment, mais j’étais vraiment avec toi, pendant ton aventure dans la tour.

— Où est-elle, cette tour au fait?

— Tu es en plein dessus.

— Mais, il n’y a plus aucune trace!

— Et j’en suis très heureux!

Il me serre dans ses bras. Comme je suis heureuse!

Amy et Calli viennent nous rejoindre.

— Bravo FëryKat, bravo Sauvage. Houra!

— Miaoooowwwww!

— Bravo, les enfants…

On se retourne tous. C’est Passeur.

— Je suis content de voir que tout le monde va bien. Je crois qu’il est temps de partir, maintenant.

— Comment ça, tout de suite, que s’exclame Amy.

— FëryKat est restée longtemps dans ce monde. Elle doit retrouver le monde réel.

— Quand pourra-t-elle revenir ?

— Je l’ignore…

Je me rends compte que Sauvage a serré ma main plus fort. Je le regarde. Je vois que sa mâchoire s’est crispée. Je lui flatte le visage tout doucement.

— Passeur, pourrais-je faire mes adieux à ce monde et à mes amis ?

— Bien sûr, FëryKat. Je serai près de l’arbre solitaire.

Et il disparaît entre les arbres.

Je regarde les autres ; Amy a baissé la tête, Calli s’est éloignée et Sauvage n’ose me regarder.

— Bon, puisqu’il me reste un peu de temps, qu’est-ce que vous diriez d’aller au Circus-Minus ?

— Oh ! oui, moi je veux y aller.

Je m’approche de Sauvage et je glisse ma main dans la sienne. Je mets ma tête dans le creux de son épaule.

— Pourquoi faut-il que tu partes tout de suite ? On vient à peine de tout régler !

— C’est pour ça que je veux aller au Circus-Minus… comme ça, on pourra faire des rêves.

— « Des » rêves ?

— Tu verras…

Je lui prends la main et je me mets à courir. De cette manière, il ne peut pas voir les larmes sur mes joues.

22 juin 2008

Chapitre 67 – La sorcière n’est plus

Près de la fontaine, Sauvage attend. Son regard fixe la tour, mais les images qui défilent devant ses yeux sont celles de Fë. Sans savoir comment, il est vraiment près d’elle. La lettre… Cette lettre lui est destinée. Il ne sait pas lire, mais il « écoute » les pensées de Fë qui lit la lettre. Les mots lui vont droit au cœur.

Il se lève. Amy et Calli qui jouent près de là le suivent. Chaque pas le ramène à elle. Elle l’a fait! Il n’y a plus de sorcière. Il n’y a qu’elle, sa petite Fë à lui, celle qui lui manquait tant. Mais il sait qu’elle devra partir encore une fois loin de lui. Cette fois, il n’y aura plus ni monstre ni sorcière pour brimer son cœur de l’aimer. Mais pourra-t-il la revoir un jour? 

La neige se met à tomber doucement pendant qu’il marche. Il devra être patient. Il sait qu’ils seront un jour réunis… elle est dans son cœur pour toujours, elle l’a toujours été. Comme il n’avait rien compris, comme l’apprentissage de l’amour a été difficile et douloureux, mais c’est fini maintenant.

Ils arrivent tous les trois près de la tour… mais il n’y a plus de tour du tout! Fë est là, au milieu de la neige, l’air un peu perdu. C'est comme si la tour n'avait jamais existé. Il n’a qu’une seule envie, la prendre dans ses bras!

Chapitre 66 – Les dernières pages de mon journal

Je suis dans une pièce circulaire où je peux observer tout ce monde de « rêve ». Je suis tout en haut de la fameuse tour. Au loin, je peux voir le château et des montagnes. Qu’y a-t-il derrière ces montagnes? D’autres rêves merveilleux ou tout simplement des champs à perdre de vue pour d’éventuels rêves. Sur les murs, des images… de Sauvage! Je les regarde une par une. Une boule d’émotion monte en moi.

— Tout est de ma faute…

— Ça, tu peux le dire!

Je me tourne vivement. Il n’y a personne dans la pièce, mais mon regard s’attarde sur un miroir. J’avance face à l’objet. Mon reflet est trouble au début, puis peu à peu se fait plus précis et j’ai l’horreur d’y voir la Sorcière.

— Qu’est-ce que ça fait de savoir que TU es la Sorcière? Qu’est-ce que ça fait de savoir qu’on est celle qui fait du mal à Sauvage?

— Je ne voulais pas… je croyais… je ne voulais que l’aider!

— Drôle de façon de l’aider!

— Qu’est-ce que je dois faire?

— Accepte…

Je me retourne au son de la voix de Passeur. Celui-ci me tend les feuilles de mon journal, celles que j’avais déchirées.

— Sauvage va bien, Fë et c’est grâce à toi. Il est libre maintenant. C’est à ton tour de te libérer. Pardonne-toi. Lui t’a déjà pardonné…

Je prends une grande respiration et je commence ma lecture.

 « Cher Sauvage,

Je ne sais pas trop par où commencer… Tout d’abord, comme je suis triste de ne plus pouvoir aller te voir. En plus, je ne peux même pas t’expliquer, car maman ne veut plus que j’aille dans la forêt. Je suis revenue en larmes, l’autre jour, car j’avais perdu le chat de cristal que tu avais été chercher en bravant le dragon pour moi. Maman a cru qu’il m’était arrivée quelque chose de grave, donc elle m’a interdit de retourner dans la forêt. Et depuis, je suis si triste, car je ne suis pas près de toi. Je voudrais te dire que j’aimerais être toujours près de toi, peut-être qu’un jour, je pourrai réaliser ce rêve, mais pour le moment, ça semble impossible. J’aimerais tant que tu viennes ici, dans la « réalité » pour qu’on puisse toujours s’amuser et comme ça maman n’aurait plus peur pour moi, mais tu sembles si loin, maintenant.

Je voudrais aussi te dire que je t’aime comme… Je t’aime, tout simplement. Mais ce n’est pas simple, mais pas simple du tout. Est-ce que tu sais ce que c’est, l’amour? En fait, j’ai l’impression que mon amour est comme un oiseau et que présentement, il est en cage. Et c’est pas bon, pas bon du tout. C’est pas supposé d’être en cage, un oiseau. C’est supposé d’être en liberté, de voler dans le ciel. Des fois, quand je pense à ça, ça me fâche et parfois, il y a comme une ombre en moi, et je fais des rêves d’êtres terrifiants qui veulent m’attraper et je me sauve, mais ça se rapproche toujours plus près et j’ai peur. Et je crie ton nom, mais tu n’es pas là.

J’ai peur. J’ai peur que plus jamais je puisse te voir. Parfois, j’ai tellement mal que j’aimerais tout oublier. Je sais que tu n’aimerais pas que je dise ça, mais c’est ce que je ressens. Et j’ai tellement l’impression que je te fais du mal, quand tu fais tes colères. J’ai l’impression que c’est de ma faute. Peut-être que c’est mieux ainsi. Peut-être qu’il serait mieux que j’oublie tout…

Mais c’est pas vrai, je ne veux pas t’oublier! Je ne sais pas quoi faire. Aide-moi, Sauvage, aide-moi à prendre la bonne décision. Peut-être que si tu me dis quoi faire, ça ira mieux… Mais j’écris n’importe quoi! J’ai l’impression de t’abandonner. En fait, ta prédiction semble vouloir se concrétiser et c’est ça qui me fait peur. Pas le monstre, pas le monstre du tout. Est-ce que le miroir dans le labyrinthe avait raison, en fin de compte? Ou c’est tout simplement ce que tu voulais voir? Et c’est comme si j’avais décidé de t’écouter…

Il y a un rêve que je n’ai pas pu réaliser : j’aimerais tant que tu m’embrasses! Mais c’est les grands qui s’embrassent, n’est-ce pas? Est-ce que tu sais seulement ce que c’est? Tu sais, quand tu me donnes un baiser sur la joue, mais cette fois, j’en voudrais un sur les lèvres. Un vrai de vrai, comme dans les films!

Viens me voir, toi, je t’expliquerai tout.
J’ai besoin de toi… mon amour.

FëryKat xxxxxxx  »

21 juin 2008

Chapitre 65 – Passeur parle du retour de FëryKat, mais Sauvage n’est pas d’accord

Passeur se tient devant la porte du château. Il sait pertinemment que Sauvage y vient plus souvent maintenant. De toute façon, la plupart des gens disparaissent à sa vue, donc il préfère se cacher ici. Ou peut-être, et Passeur pense de plus en plus que c’est la vérité, qu’il attend FëryKat. Ça tombe bien, car Passeur sent qu’il faut qu’il aille la chercher. Passeur sent les choses qu’il doit faire, Passeur sait quand il doit faire quelque chose. Il n’essaie pas de comprendre, il sait, tout simplement. Il sait que FëryKat est prête à revenir ici et à confronter Sauvage, mais aussi elle-même. Ce qui est arrivé, il y a plusieurs années, il ne pourrait l’expliquer. Comment deux personnes qui s’aiment peuvent en arriver à se détruire l’un l’autre? Qui a créé le monstre, qui a créé la sorcière, ça n’a pas d’importance. L’important, c’est de réunir ces deux-là, car ils sont faits pour être ensemble. Mais la route sera longue et difficile, mais Passeur croit en eux, il croit en leur cœur. Mais pour ça, il va devoir rouvrir les cœurs. À commencer par celui de Sauvage.

Il entre. Sauvage est sur son trône. En voyant Passeur, Sauvage se met à rire, un rire désabusé.

   Tu ne disparais pas comme les autres… comme c’est étrange…

   Je n’ai pas peur de toi, je te connais… et je connais FëryKat.

En entendant ce nom, Sauvage se raidit.

   Elle te cherche, Sauvage, elle cherche la « porte », mais elle n’en a pas conscience.

   Ne me parle pas d’elle!

   Je m’en vais la chercher.

   QUOI? Y’en est pas question!

   J’ai à le faire, Sauvage, avec ou sans ta permission. Je venais seulement t’avertir. Bien sûr, il serait mieux que tu acceptes ce fait, de toute façon.

   La Sorcière…

   Je n’ai pas peur de la sorcière non plus. Mais j’ai compris quelque chose : tu veux qu’elle revienne.

   Elle est partie pour ne plus jamais revenir!

   Tu es sûr?

Sauvage se lève et renverse la chaise. Le simple fait d’entendre son nom le bouleverse. Lorsqu’il vient pour se tourner vers Passeur, ce dernier a disparu.

   Non!

Sauvage ne veut pas qu’elle revienne. Tout le mal qu’il lui a fait… Il sait qu’il va lui faire du mal à nouveau, c’est infaillible.

   Comme ça, il va vraiment la chercher. Elle a tout oublié, Sauvage, tout… surtout toi!

Je sais, mais…

 

Sauvage est sur la surface de la patinoire. Il y a quelques instants, il y avait pleins de gens. Maintenant, tout le monde a disparu. Il déteste que les gens disparaissent à son approche, car il peut ressentir toutes leurs douleurs. Et c’est pénible. Mais elle est là, de l’autre côté de la surface glacée. Une seconde après, juste devant lui. La voir le rend malade, comme s’il était en pleine mer pendant une tempête. Il voit bien qu’elle ne le reconnaît pas. C’est ce qui fait le plus mal. Il voudrait lui dire de faire demi-tour, mais en même temps, une toute petite partie au plus profond de lui voudrait la tenir dans ses bras.

   Alors, il est là-bas?

Puis, il se sauve. Pourquoi est-elle revenue?

   Tu vas la faire souffrir à nouveau. Et elle aura peur de toi! Elle voudra retourner chez elle… et t’oublier à nouveau!

   Tu sais, Sorcière, si Passeur dit qu’elle doit être ici, c’est qu’elle doit être ici. Même si…

Des blessures marquent sa peau.

Même si elle ne se rappelle plus de moi, elle est là…
[Souvenir]

20 juin 2008

Chapitre 64 – Dans la tour de la Sorcière

Je suis devant une porte. Cette porte m’est étrangement familière. Derrière moi, il y a un escalier que je ne me souviens pas d’avoir monté. Je prends une grande respiration et j’ouvre la porte. Étrangement, je me retrouve dans ma chambre de jeune fille. Devant moi, je vois la scène de nos adieux, à Sauvage et à moi. Mais je suis dans une bulle de verre, comme si je regardais un spectacle. Mais je n’entends rien. Sauvage sort par la fenêtre. Ma bulle suit la jeune Fë qui descend par la gouttière. Comme reliée par elle, ma sphère de verre la suit dans la forêt. J’ai de la peine pour ma jeune moi. Même si elle tombe, elle se relève. Je vois ses lèvres bouger, des larmes dans ses yeux, mais Passeur ne se montre pas. Puis elle tombe et ne se relève pas. Elle pleure, mais bientôt ses larmes se transforment en rage. Elle se relève et je peux voir que sur son visage, il y a de la haine. Je reçois cette information comme un coup dans le ventre. Ma bulle de verre se brise…

 

— Ce n’est pas vrai, Sauvage, je ne suis pas triste avec toi. Tu me détestes, c’est ça ?

Pour seule réponse, le tonnerre gronde

— Ne m’abandonne pas !

Le vent fait valser les arbres.

— Si tu ne te présentes pas tout de suite, je m’en vais, tu m’entends ?

Mais aucun signe de Sauvage.

— Je ne reviendrai plus jamais, plus jamais…

Ma jeune personne enlace un arbre.

— Je t’aime, Sauvage, je t’aime plus que tout… Je voulais que tu le saches, mais je ne savais pas comment te le dire…

Avec effort, elle se détache de l’arbre. Puis un éclair d’espoir illumine son petit visage triste.

— Je sais, j’ai une idée!

Elle sort quelque chose de sa petite sacoche qu’elle porte en bandoulière. Elle en sort… le journal! Elle l’ouvre et en déchire quelques pages. Puis, elle les plie et se met à creuser la terre au pied de l’arbre. Lorsque son trou est assez grand, elle met les feuilles à l’intérieur et recouvre le tout. Puis, elle se lève et s’en va…

Moi, je suis encore sous la pluie. Je remarque que la jeune Fë a laissé le journal par terre. Je le ramasse et je veux la suivre pour le lui ramener, mais je suis attirée malgré moi vers un endroit dans la forêt… L’arbre solitaire! Et tout près, Passeur.

— Que m’arrive-t-il, Passeur?

— J’allais justement te poser la même question.

— Fë… je veux dire, moi quand j’étais jeune a laissé son journal. Je voulais le lui redonner.

Il semble réfléchir. Je prends une décision. Je lui donne.

— Tu es sûre que c’est une bonne idée?

— De toute façon, je ne pourrai pas le redonner à ma jeune moi. Elle ne me verrait pas. Garde-le en lieu sûr. Lorsque ça sera le moment, je reviendrai le chercher… Amène-moi voir Sauvage.

— Comme tu veux…

 

Je suis au château, à l’entrée. Je vois le jeune Sauvage sur un trône, tout au fond de la pièce. Je m’avance face à lui. Il lève lentement les yeux. Son regard est pure folie.

— Qui es-tu?

— Je… tu peux me voir?

— Bien sûr, c’est comme évident et tu n’as pas d’affaire ici!

Il se lève et s’avance devant moi. Il me regarde avec dédain. Mon cœur bat trop vite, comme si j’avais peur de la suite. Comme si la vérité se montrait à moi tranquillement, de cruelle façon.

— Finalement, tu ne m’as pas dit qui tu étais?

— Je… viens de la part de… Fë.

Le vent se lève et la pluie se fait drue. Je ressens la pluie et le froid comme si j’étais vraiment là. Oh! Non… j’y suis vraiment, dans la pièce. Comment est-ce possible?

— Fë n’est pas triste à cause de toi…

— Menteuse!

Son visage se métamorphose devant mes yeux. Il se transforme en monstre effrayant, comme dans un de mes cauchemars que je fais sans arrêt. Il faut que je parte, je ne peux pas rester ici, mais je suis prise au piège. Il m’est impossible de faire demi-tour. Et la vérité se fait de plus en plus dans mon esprit, comme si on jouait avec mes entrailles. Je regarde par terre, du sang… C’est le sang de Sauvage qui se déverse en flots immenses sur le plancher. Son visage n’a plus aucun lien avec celui de Sauvage.

— Que fais-tu dans MON château??? Aaarrrg!!!!!

Il vient pour s’avancer vers moi, mais il tombe par terre. Le sang continue de couler, comme si c’était une rivière tumultueuse. Malgré le fait qu’il ne ressemble plus du tout à Sauvage, je remarque que ses yeux expriment encore un peu d’humanité. Je dois l’arrêter, sinon il va mourir!

Je ferme les yeux et j’imagine un être encore plus effrayant que le monstre. Je vais chercher au plus profond de moi, là où je n’ose jamais aller, là où il fait noir, là où ça sent mauvais et j’ouvre les yeux. Derrière Sauvage, il y a… la Sorcière! Un fil d’argent la relie à Sauvage. Il revient peu à peu à lui et le sang disparaît. Qu’ai-je fait? Il regarde au-delà de moi. Oh! Mon Dieu, NON!!!!!!

— Va-t’en, Fë…

— Sauvage, non attend!

La Sorcière me regarde, satisfaite.

Tu as fait ton choix, Fë…

— Quel choix?

Il sort du château, suivit par la Sorcière. Je suis de nouveau forcée à les suivre. 

Maintenant, devant moi, Sauvage est à quatre pattes. Il pleure. La Sorcière est près de lui.

— Que choisis-tu, Sauvage? Veux-tu de nouveau blesser Fë? C’est de ta faute si elle est triste… Elle a peur de toi… Les larmes dans ses yeux... Tu la rends malade!

— Non! Non… non… non! Elle est si importante pour moi!

— Si elle est importante, tu devrais la laisser vivre sa vie de l’autre côté et plus JAMAIS la faire venir ici. C’est malsain pour elle, ici!

— Mais… je ne voulais qu’être près d’elle!

— C’est égoïste de ta part, tu ne trouve pas? Elle est là, dit lui de t’oublier!

Il tourne son visage vers moi.

— Fë…

Il y a un trou béant dans ma poitrine. J’ai mal pour lui. Comme il serait mieux sans moi!

— Je vais partir, Sauvage. Je vois bien que tout est de ma faute. Je ne veux plus te faire de mal. Oui, je vais t’oublier, comme ça, tu ne pourras plus jamais avoir mal à cause de moi!

— Non…

— Fë, donne-moi les pages de ton journal…

Je viens juste de me rendre compte que je tiens effectivement les pages arrachées de mon journal. Je les remets à la Sorcière. À ce moment, une tour fait son apparition derrière la Sorcière. Et je me sens reculer. L’image de Sauvage devient comme une faible lumière au bout d’un tunnel noir. Bientôt, l’image disparaît. Il n’y a que le noir.

17 juin 2008

Chapitre 63 – Le choix du chemin

Lorsque Sauvage éloigne ses lèvres des miennes, le décor a changé. Tout est blanc, comme au tout début de toute cette aventure. Je regarde Sauvage, mais il est aussi surpris que moi.

— Qu’est-ce que ça veut dire, Fë ?

— Je ne sais pas…

Je regarde tout autour de moi et je cherche une raison à ce changement. Mon cœur se serre. Que dois-je faire ? Quelle est la suite des événements ? Affolée, je me sens perdue. Est-ce déjà la fin de ce voyage ? Je cherche la main de Sauvage et la sert très fort contre mon cœur.

Puis, Passeur marche vers nous.

— Bonjour vous deux !

— Passeur, qu’est-ce qui se passe ?

— Ça fait longtemps que tu es ici, FëryKat. Il est peut-être temps de retourner dans ton monde…

— Non, pas tout de suite, je n’ai pas terminé !

Un sourire énigmatique se dessine sur ses lèvres.

— Donc, il est temps d’aller voir la Sorcière.

Mon cœur fait un bond.

— Oui… la Sorcière…

— Fë… (Sauvage est triste) Je comprendrais si tu désirais retourner chez toi…

Quelque chose me dit que si je pars maintenant, il va être plus difficile de revenir.

— C’est maintenant, Sauvage. Je ne te laisserai pas tomber… Plus jamais !

— Regarde là-bas !

Je me retourne et je vois une fontaine. C’est la fontaine du château ! Nous nous en approchons. Tout près, un chemin se dessine. C’est le chemin vers la Sorcière. Je regarde Passeur, mais ce dernier n’est plus là.

— Je vais t’attendre ici, ma petite Fë. Reviens-moi vite !

Et il me serre dans ses bras.

— N’oublie pas, je serai toujours avec toi…

Tant bien que mal, je m’éloigne de lui. Il s’assoit sur la pierre qui encercle la fontaine et me sourit.

— Je t’aime, Fë, pour toujours…

— Je t’aime aussi, Sauvage… mon Sauvage !

Et je me retourne et cours sur le chemin qui n’attend que moi. J’arrive, Sorcière !

16 juin 2008

Chapitre 62 – Le château de mes rêves (2 de 2)

Et puis, une petite présence me frôle la jambe.

— Calli…

Je me penche et je me mets à la flatter.

— Qu’est-ce que tu dirais que Calli parte avec toi ?

— Est-ce qu’elle peut ?

— Bien sûr. Elle fait partie de ton monde, tu te rappelles ?

Je voudrais lui dire que lui aussi, il faisait parti de « mon » monde, du monde réel, mais…

— Et si tu venais avec nous ?

— 

Il se détourne de moi, mais je ne peux pas laisser ça comme ça.

— Dis-moi, Sauvage, c’est important.

— Je ne peux pas…

— Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ?

Il me regarde de nouveau. Cette fois, je vois de la colère.

— Tu crois que j’ai le goût de te laisser partir. J’aimerais tellement que tu restes ici, avec moi, dans ce château et de continuer à faire des rêves, mais je ne peux pas. C’est impossible !

— Mais me suivre dans l’autre monde…

Sur son visage, ses beaux yeux verts expriment la tempête, devenant d’un vert très sombre. Et j’ai peur de lui, je ne le veux pas, mais je n’y peux rien. Et il ferme les yeux et respire profondément. Il s’approche de moi et pose ses mains sur mes épaules.

— Excuse-moi, mais tout l’amour que j’ai pour toi ne pourra pas m’aider pour traverser de l’autre côté. C’est difficile pour moi d’envisager ne serait-ce que de retourner dans le monde réel…

Et je me rends compte qu’en voulant qu’il me suivre, je ne le respecte pas et je n’ai aucunement le goût que le monstre revienne. Alors je lui saute dans les bras.

— Je m’excuse !

— Pourquoi tu t’excuses ?

— Tu as raison. Je n’ai pas à t’obliger à faire une chose que tu ne te sens pas la force de faire.

Il pose ses lèvres près de mon oreille.

— Mais sache que j’aimerais pouvoir en être capable…

Et il m’embrasse tout doucement.

— Te sens-tu prête à continuer la visite ?

— Avec plaisir !

Maintenant, mon cœur est beaucoup plus léger, car il aime, libre.

Avec Calli tout près de moi, je continue ma visite. J’entre dans une pièce aux murs et plafond de verre. C’est une serre ! Ici, il y a d’autres personnes.

— Mais qui sont ces gens ?

— Ils s’occupent des Sylvas.

— Des quoi ?

— Regarde…

Je lève les yeux pour voir que les arbres ont des corps de femmes à partir de la taille. D’un doux mouvement, on dirait qu’elles dansent. Elles sont immenses. En regardant plus attentivement, on dirait qu’elles pleurent.

Elles sont tristes ?

— Non, pas vraiment. C’est comme un mélange d’émotions. C’est comme si elles pleuraient de joie.

Je reçoit même une goutte sur la joue. Nous restons un certain temps dans cette pièce. Il m’entoure de ses bras.

— Le château est comme un mélange de toi et de moi.

— Tu me connais si bien, Sauvage.

Un drôle de petit bonhomme se présente devant nous. Il est vêtu de vert et nous présente un plateau de breuvages et de petits gâteaux.

— Servez-vous !

— Moi qui commençait à avoir faim !

Et je prends un verre et un gâteau. Le liquide a un goût délicieusement sucré et fruité et la pâtisserie fond littéralement dans la bouche. C’est du glaçage au beurre et j’adorais ça quand j’étais petite.

— Tu me connais vraiment très bien.

Et puis, je lui mets du glaçage sur le bout de son nez. Il me fait les gros yeux et je ris.

— Attends que je t’attrape !

Je pars à courir en échappant le verre. Je ris comme une gamine et je me retrouve dehors, dans une court avec des colonnes tout autour. Sauvage me rattrape et m’emmène près d’un bassin d’eau. Il entre directement dans l’eau. Calli ne nous a pas suivi.

— Mais où est Calli ?

— Elle n’aime pas beaucoup l’eau, donc elle est retournée près de Amy. Viens, le voyage se continue ici.

Je le regarde, étonnée. Comme ce château est pleins de surprises ! J’avance moi aussi dans l’eau et je remarque tout d’abord le son d’une chute, puis il y a l’eau qui descend vers je ne sais pas où.

— Des glissades d’eau !

— Tu es sérieux ?

— Tout à fait ! Viens près de moi.

Avec le sourire aux lèvres, je me colle tout contre lui. On s’assoit dans l’eau et on se laisse aller dans la glissade. La sensation est formidable. Ça faisait tellement longtemps que je n’avais pas fait ça.

— Yahou !!!

La glissade tourne à gauche, puis à droite, parfois on se retrouve dans un tunnel et tout ce fini dans une piscine intérieur, où les murs sont fait de céramiques bleues et or. Heureuse de ce jeu, je suis redevenue une enfant l’instant d’un moment.

Il est le premier à sortir de la piscine. Il me tend la main.

— Viens, ce n’est pas encore fini.

Je prends sa main et il m’entraîne dans un autre tunnel. Bientôt, nous arrivons dans une grande pièce. Et il pleut. C’est si étrange que je n’arrive plus à bouger.

— C’est la chambre des pluies.

Je regarde autour de moi. Le plafond est très haut, on dirait même qu'il s’y trouve des nuages. La pluie est tiède et tombe en petites gouttelettes. Il y a de grandes fenêtres où l’on peut observer un champ recouvert de neige.

— La neige est revenue ! Mais tout à l'heure, lorsqu'on est sorti dehors, il faisait beau et les arbres avaient tous pleins de feuilles!

— À l'intérieur du château, c'est l'été tout le temps. Comme mon jardin, dans la forêt... Mais dehors, c’est encore l’hiver, mais le printemps est pour bientôt…

Je le regarde. Donc, il y aura vraiment le printemps. Serai-je encore ici lorsque ça arrivera ? Il s’approche tout doucement de moi. Il me tend quelque chose.

— La visite se termine ici. Voici un petit cadeau pour toi.

C’est une fleur bleue.

— Elle sert à recueillir la pluie. Ensuite, tu pourras la boire…

Je fais ce qu’il demande et je sens une grande chaleur partir de ma gorge pour ensuite envahir tout mon corps. Sans avertir, il m’embrasse. Timide au début, le baiser se fait plus passionné. Je perds totalement la notion du temps. Je ne sens plus la pluie qui tombe sur moi, j’ai l’impression que tout disparaît autour de moi. Et le temps s’arrête…

11 juin 2008

Chapitre 62 – Le château de mes rêves (1 de 2)

Tout commence par un escalier. Ce dernier est en marbre blanc et il est bordé par deux murs de briques. Nous montons les marches et tout en haut, Sauvage se met à courir et saute dans… le vide ?!?!?

— Sauvage !!!

Je me mets à courir à mon tour et j’arrive près d’un grand espace circulaire. Sauvage est en train de sauter sur un trampoline. Au plafond, une étoile à huit branche illumine la pièce de couleur orange.

— Saute, Fë !

Je me recule quelque peu pour prendre mon élan et je saute. Tous les deux, comme des enfants, on rebondit sur la surface élastique. Et on rit. Quelle euphorie ! Puis sans avertir, Sauvage descend du trampoline et me fait signe de le suivre.

— Il y a encore pleins de surprises !

Alors, je le suis.

Bizarrement, nous nous retrouvons dans une forêt à ciel ouvert. Nous suivons un chemin de pierres lisses et chacune brille.

— Une forêt dans le château… quelle bonne idée, Sauvage !

Je l’embrasse sur la joue et il fait une petite moue des plus mignonnes.

— Juste sur la joue ?

Je lui fais le plus beau de mes sourires et mes lèvres touchent aux siennes. Lorsque je m’éloigne, il est tout sourire.

— Là, c’est mieux. Tu peux avoir la prochaine surprise…

Il me fait signe de regarder devant moi et voilà un portail en plein milieu de la forêt. Nous « entrons » dans une autre section de la forêt et j’entends des voix. Bien qu’aillant cru tout d’abord que c’était des gens, en m’approchant, je constate que c’est d’étranges chiens. Il y en a un tout blanc avec des dessins noirs sur le pelage, comme des tatouages. L’autre a le dos gris très foncé et les pattes blanches, toujours avec les « tatouages », mais les siens sont rouges. J’interroge Sauvage du regard. Il vient pour me répondre, mais voilà que le « chien » blanc s’approche de moi et veut que je monte sur son dos.

— Je suis heureuse de faire enfin ta connaissance.

— Mais qui êtes-vous ?

— Sacha et voici, Mino.

Je regarde en direction de Mino qui a laissé Sauvage monter sur son dos, mais n’a pas l’air de trop apprécier.

— Mino a un caractère plutôt difficile, mais c’est un bon compagnon lorsqu’on le connaît bien.

— Je t’entends, Sacha, je ne suis pas sourd. Bien sûr, Sauvage sait très bien que je déteste ça, en fait, mais il le fait par exprès, il aime ça me faire souffrir…

— Après tout ce temps, mon ami, je suis bien contente d’avoir de la visite !

Mino me regarde et sourit enfin.

— Bon, voyant qui de nous deux allons gagner la course à travers la Forêt Envahissante, s’exclame Sacha.

Au mot course, Mino s’est tout de suite senti concerné.

— C’est moi, bien sûr !

— Voyons cela… 1,2,3… GO !

Et je dois m’accrocher à la crinière de Sacha pour ne pas tomber à la renverse.

La course à travers les bois se fait audacieuse : à travers des murs de briques, sur de vielles souches d’arbres, par-dessus des rivières, sur des ruines, des petites cabanes… Puis, nous arrivons près d’une caverne. C’est Sacha et moi qui avons gagné.

— Bien sûr, ma chère FëryKat, je vous ai laissée gagner…

— Tu ne peux pas simplement admettre que je t’ai encore une fois battu.

— Vous ne gagnez pas à tout coup, ma chère.

— Plutôt souvent, mais je vais faire comme si je n’avais rien entendu.

Je ne peux m’empêcher de rire et cela déride Mino.

— Je suis très heureux d’avoir fait ta connaissance, FëryKat. J’espère que tu reviendras plus souvent.

— Bien sûr, qu’elle va revenir, n’est-ce pas ? m’interroge Sacha.

Puisque je n’ai aucune idée si je vais revenir ici un jour, Sauvage vient à ma rescousse.

— Il nous reste pleins de choses à voir, alors à la prochaine vous deux !

En leur faisant signe de la main, Sauvage me dirige vers la grotte.

Tout d’abord, j’ai l’impression d’avoir perdu la vue tellement il fait noir, mais au fur et à mesure que nous avançons, une lumière semble émaner des murs. Je touche la surface translucide qui semble légèrement changer de couleur, comme une opale. Puis soudain, des bulles envahissent le tunnel. Sauvage glisse sa main dans la mienne et ralentit l’allure pour que je profite encore plus de ce moment magique. J’ai l’impression que je ne suis plus au château, mais dans un autre endroit, une autre dimension…

Après une éternité, nous arrivons dans une immense pièce toute blanche, avec un foyer et des lustres au plafond. J’aperçois une entrée au fond de la pièce et un magnifique piano à queue m’y attend. J’accélère le pas. Une vague d’émotion monte en moi et je passe ma main sur le dos de l’instrument. Puis, je m’assieds sur le banc. Je laisse mes doigts se promener sur les touches et la mélodie de Sauvage retentit sur les murs de la pièce. Je regarde Sauvage avec tout mon amour et je le vois bouleversé.

Lorsque j’ai fini, Sauvage qui a les larmes aux yeux, me prend dans ses bras.

— Tu joues si bien…

— Tu sais, je ne jouais plus vraiment chez moi.

— Et pourquoi ? J’adorais t’entendre jouer avec les étoiles.

— Je ne sais pas… Je n’ai qu’un synthétiseur chez moi et j’aime beaucoup mieux jouer sur un « vrai » piano. Et c’est une autre époque, aussi…

Il me prend la main et m’éloigne de l’instrument qui a réchauffé une partie de moi que je croyais endormie pour toujours.

Puis, nous prenons un escalier en colimaçon. Je regarde tout en haut et j’ai l’impression que ça va nous prendre un temps infini, mais bientôt, les marches montent d’elles-mêmes, comme un escalier roulant. Je me blottis tout contre Sauvage. Je peux sentir toute sa chaleur m’envahir.

— J’adore « notre » château…

— Je l’ai imaginé en pensant très fort à toi.

Il m’entoure de ses bras. Je suis si bien, je me sens tellement en sécurité à ses côtés. Comment ai-je pu l’oublier pendant toutes ces années ? Un frisson me parcourt. Une vague de tristesse fonce droit sur moi. Le bonheur si présent en moi, s’est enfui. Le gris se fait tout autour de moi. La Sorcière…

— Elle n’est pas ici, Fë…

Je me réveille soudain. Nous sommes tout en haut. Je suis un peu étourdie. Sauvage m’emmène près d’un banc. Je ne me fais pas prier pour m’y asseoir.

— Prenons le temps pour nous reposer.

— Sauvage, tout à l’heure, est-ce que…

— Oui, le décor a changé de couleur, mais… elle ne peut pas venir ici…

J’ai soudain très peur. Une peur qui fait battre mon cœur. J’ai l’impression que la Sorcière est entrée dans le château et qu’elle veut saboter mon bonheur. Je me mets à trembler et je ne peux m’empêcher de pleurer.

— Je veux rester ici, Sauvage, pour toujours !

Il se place devant moi, à genoux et il sert mes mains dans les siennes

— Peu importe ce qui va arriver, je serai toujours avec toi.

Il passe sa main sur ma joue et va jusqu’à mon cou. Il prend le petit chat de cristal qui pend au bout d’une chaîne.

— Quand tu ne seras plus sûre de rien, que tu ne sauras plus quoi faire ou que tu aura peur, touche ce chat de cristal et tu sentiras ma présence.

— Mais après, Sauvage, après la Sorcière, si j’arrive à la faire disparaître…

— Quoi, tu as fait tout ce chemin avec une volonté de fer, sans jamais douter, tu m’as sauvé du Monstre, malgré toutes les embûches et maintenant, tu doute encore de ton pouvoir en ce monde ?

— Là n’est pas la question…

Je me lève soudain. Quelque chose gronde en moi, quelque chose qui veut sortir.

— Fë, qu’est-ce qu’il y a ?

Je le regarde. Je suis comme figée. Ma bouche est ouverte, mais j’ai peur de ce qui va sortir. La vérité me semble folle ; je suis dans un monde, mon monde, un monde merveilleux issu de mon imagination, un monde rendu réel grâce à la magie de Sauvage, un monde dans lequel je ne peux pas rester, un monde que je devrai quitter quand tout sera fini. Et je devrai retourner dans la réalité… sans lui !!!

— Je ne veux pas t’oublier.

— Il n’en est plus question maintenant.

— Je… c’est que… loin… tu seras loin de moi…

— Mais tu auras le chat de cristal…

Mais je peux sentir toute la détresse qui transperce son être tout entier. Je voudrais lui dire que ce n’est rien, que tout va bien aller, mais ça semble impossible maintenant. Je ne peux plus faire semblant que les choses ne me font pas peur.

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