26 juillet 2008
Épilogue
— Sauvage ! Va-t’en tout de suite de là. T’as pas le droit de la voir avant tout à l’heure, s’écrie Fafa.
— Mais je ne fais que la regarder, dit-il avec un charmant sourire.
Il est sur le rebord de la fenêtre. Nous nous regardons longuement. Fafa le regarde avec impatience.
— Amy !!!! Viens ici et emmène Sauvage près du champ. Il me dérange.
La petite albinos arrive en riant. Elle va près de Sauvage et lui prend la main.
— Viens, Sauvage ! Tu vas la voir tout à l’heure, Fë.
Il se résigne enfin à suivre Amy et ils sortent tous les deux de la chambre.
— Il est pas possible. Je lui ai dit je ne sais pas combien de fois, mais il ne m’écoute pas.
— Ça ne me dérange pas.
— Bien sûr, mais il faut faire les choses dans les règles de l’art.
— Ce n’est pas un « mariage » traditionnel, tu sais.
— Je sais très bien, mais c’est mon auberge.
J’essaie de ne pas rire, mais c’est plus fort que moi, je m’esclaffe.
— Tu trouve que j’exagère, c’est ça ?
— Un tout petit peu.
— Bon, on arrête de rire et continuons de te préparer, sinon tu ne seras jamais prête à temps.
Et Fafa s’applique à me mettre des fleurs dans les cheveux. Mes cheveux sont bouclés et ma frange est très courte.
— Et pour compléter le tout, de la poudre de joie !
Et elle souffle sur moi des milliers de brillant. Me voilà fin prête !
À l’extérieur, tous les personnages de mon monde imaginaire se trouvent dans la rue principale et applaudissent à mon passage. On me lance des confettis et des ballons s’envolent dans le ciel. Je peux apercevoir Feu-Foo et le Prince de l’hiver qui semble un peu perdu… j’imagine que puisque ce n’est pas sa saison, il est un peu dérouté. Amy va rejoindre ses parents et je peux apercevoir Calli tout près d’eux. Comme Calli est heureuse depuis que nous sommes revenus dans ce monde ! Chaque fois que nous revenons ici, nous l’amenons avec nous. Elle aime tout particulièrement s’amuser avec les gardiens des forêts oubliés qui se trouvent aussi parmi la foule. Et tous ces gens sourient et sont heureux. Que du bonheur !
J’ai tôt fait d’avancer tout près de Sauvage. Nous sommes tous les deux dans le champ près du village. À nos côté, le Prince de l’été fait office de témoin. Je regarde en direction du village, il n’y a plus personne. Pour cette union, nous voulions faire cela juste tous les deux. Le Prince n’est là que pour nous entourer de sa magie. Il lève les bras et chuchote des paroles que je ne comprends pas, mais bientôt un tourbillon nous entoure. Puis le calme se fait et le Prince s’en va.
Sauvage me prend les mains et ne cesse de me regarder dans les yeux. J’ai les larmes qui me viennent tout naturellement aux yeux. Je n’aurais jamais cru m’unir à quelqu’un, encore moins à un être de magie que j’avais oublié pendant toutes ces années. Mais c’est bien réel, maman l’a rencontré. Elle aurait bien voulu être présente. Je n’ai pas été capable de lui parler de mon monde imaginaire, mais il y aura une petite fête lorsqu’on retournera dans la réalité.
Sauvage me montre la bague-fleur et me la met au doigt.
— À toi, Fë, voici une fleur, une partie de moi pour qu’à jamais nous soyons uni.
De mon côté, j’ai confectionné un pendentif : un cœur et une clé. Je lui met autour du cou.
— À toi, Sauvage, voici mon cœur et la clé, une partie de moi que je te donne pour toujours.
Nous nous embrassons tout doucement et le baiser dure une éternité.
Lorsque nos lèvres se séparent, il me regarde avec ses beaux yeux verts et me sourit. Il prend ma main et m’emmène plus loin dans le champ. Puis, il se met à courir. Je m’arrête pour regarder le ciel ; le soleil se couche et le ciel se pare d'orange et de rose. Les chevaux-nuages traversent le ciel et le dragon s’amuse à les pourchasser. Et je cours à mon tour à la poursuite de Sauvage.
Après une minute, je m’arrête, essoufflée.
— Sauvage… où es-tu ?
Des mains se posent sur mes yeux.
— Devine qui c’est ?
— C’est toi !
Il me libère les yeux et vient se placer tout à côté de moi. Main dans la main, nous regardons le soleil se coucher.
— Es-tu heureuse, Fë ?
— Oui, je n’ai jamais été aussi heureuse !
— Alors, je veux que ça dure pour toujours… et cette fois je sais que c’est vrai !
Il me prend dans ses bras et pose ses lèvres sur le dessus de ma tête. Et nous restons là, entourés d’une aura d’amour et de paix.
Oui… pour toujours !
fin*
ou le début d’une autre histoire!
02:25 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Chapitre 78 – La fille la plus heureuse du monde
Une drôle de sensation vient de me traverser. Je suis chez ma mère et nous regardons un film. Dans le film, deux personnes viennent de se revoir après une longue absence. Mon cœur fait des bonds dans ma poitrine. Je n’ose y croire. Je sens que je dois partir. Je me lève brusquement.
— Maman, je pense que je vais y aller.
— Mais ma chérie, on a pas terminer le film.
— Je sais, mais je dois faire quelque chose de très important.
— Et qu’elle est cette chose très importante?
— Je ne peux pas t’en parler maintenant.
— … D’accord.
Elle se lève à son tour et elle vient me reconduire chez moi en voiture.
J’entre chez moi et Calli m’accueille.
— Miaw!
— Oh! Calli, je l’ai senti. Peut-être que je peux y aller maintenant ?
Elle se tourne et va au salon. Elle monte sur le rebord de la fenêtre et se met à miauler de nouveau.
— Dehors, oui, c’est là-bas ?
— Miaou, miaou.
— Ok.
Je sors à toute vitesse. Je me mets à courir. Il se met à pleuvoir, mais je continue à courir. Puis je tombe face à face avec un chat blanc. Je m’arrête net. Il se met à gronder.
— Qu’est-ce que tu fais ici, toi ?
— Crrrrrrrr.
— Tu ne me fais pas peur !
Il me regarde droit dans les yeux et semble ne pas vouloir me laisser passer. Je fais un pas dans sa direction et aussitôt, il m’envoie un coup de griffe.
— Laisse-moi passer…
Et sans trop savoir ce qui arrive, il saute sur moi. Je ne sais faire autre chose que fermer les yeux. Mais rien ne se passe. J’ouvre les yeux et devant moi, tout près de moi, se trouve Sauvage.
— Mais qu’est-ce que faisait ce chat ici ? Je croyais qu’il n’existait pas !
— Sauvage ?
— Fë…
Je lève une main que je porte à son visage. Dès que mes doigts touchent à sa peau, je frissonne. Il est là, il est bien là.
— Je n’avais pas compris, Fë, que c’était à mon tour de venir ici.
— Tu n’étais pas prêt, c’est tout.
— Ce n’est pas une raison. Je ne veux plus jamais être loin de toi, Fë, ça fait trop mal. J’ai bien cru que le monstre allait revenir.
— Ne parle pas de malheur ! Tu es là, c’est tout ce qui compte.
— Et Passeur m’a dit qu’on était libre, maintenant, d’aller d’un monde à l’autre sans problème.
— C’est merveilleux !
Puis, il se met à fouiller dans ses poches.
— Tu as vu, j’ai des oreilles presque comme toi.
— Et bien, ça aurait paru bizarre si tu aurais gardé tes oreilles de gardien. Dans la réalité, les humains n’ont pas des oreilles en forme d’ailes de papillon.
— Je sais lire et écrire maintenant. J’ai tout lu ton journal aussi.
— Tu l’as avec toi ?
— Non, le dragon l’a gardé en échange de…
— De quoi ?
— De ça !
Et il me montre un petit écrin de velours. Il l’ouvre et voilà qu’à l’intérieur il y a une bague monté d’une fleur couleur fuchsia.
— Il y a de cela plusieurs années, tu m’avais parlé du mariage, de l’union de deux personnes. Tu disais que les gens faisaient ça à l’église, mais que toi tu aimerais faire ça dans un champs, si ça t’arrivait un jour…
— Je me rappelle, oui. En fait, j’espérais me marier avec toi.
— Maintenant, je me rends bien compte. Mais je veux m’assurer d’une chose : est-ce que tu as peur de moi ?
— Plus maintenant, Sauvage, plus du tout.
— J’espère bien, car j’aimerais bien m’unir à toi. Et on pourrait faire ça dans notre monde…
— J’adorerais ça !
Et il me sourit. Il me serre tout contre lui.
— Tu m’as manqué, tu sais.
— Oh ! moi aussi, Sauvage, moi aussi. Pendant plusieurs mois, j’ai cherché tous les jours !
— Je sais, je demandais à Passeur. Mais tu as arrêté de chercher un moment donné…
— Oui, je devais lâcher-prise… et ça a fonctionné ! Tu es là… et je t’aime !
— Moi aussi, Fë… mais j’avais peur, peur de t’aimer, peur d’aimer une humaine, car c’était les humains qui avaient détruit ma forêt. Pourtant, c’est toi qui m’a donné une forêt à garder.
— Mais je ne pouvais pas guérir ta peine d’avoir perdu ta forêt. J’ai pourtant essayé avec notre monde, mais tu ne m’en parlais pas et tu avais tes colères et…
— J’ai été idiot.
— Je suis d’accord.
— Quoi ? Tu es d’accord !
Il se met à me chatouiller.
— C’est pourtant toi qui l’a dit !
Et il pose ses lèvres sur les miennes. Une incroyable chaleur m’englobe et plus rien ne nous entoure. Nous sommes seuls au monde.
Et la pluie cesse…02:20 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Chapitre 77 – La décision de Sauvage
J’ouvre la porte. À l’extérieur, il fait un temps magnifique. J’ai rêvé de Fë, cette nuit. En fait, je rêve à elle toutes les nuits. Je touche son journal que je porte dans un pochette autour de ma taille. Je l’ai toujours sur moi, comme ça j’ai l’impression qu’elle est près de moi. C’est aujourd’hui que je lis les dernières pages. Je n’ai pas encore regardé, je me réserve la surprise.
J’avance sur l’allée bordée de fleurs. Les roses sont de couleur fuchsia, la couleur préférée de Fë. Dire que lorsqu’elle les a vu, elles étaient noires et semblaient mortes. Sur mon passage, elles me disent bonjour à leur manière : elles s’avancent vers moi et soupirent de joie de me voir. Je les touche au passage et elles se mettent à rire.
— Je vous souhaite une belle journée, chères roses.
Et elles se mettent à parler toute en même temps d’un langage que seules les roses connaissent. Je les laisse à leur bavardage.
Je traverse la forêt et j’arrive près de la rivière aux surprises. Je saute de l’autre côté. Je vois le Prince de l’été qui s’avance vers moi.
— Bonjour Sauvage!
— Bonjour.
— Tu vas à l’école aujourd’hui?
— Oui, je vais faire ma lecture du journal.
— Tu veux que je t’accompagne?
— Je préfère être seul, ce matin.
— Alors, je te revois à l’école.
Et le voilà parti. D’habitude, on s’amuse à faire des courses, mais aujourd’hui je veux prendre mon temps. Il n’y a rien qui presse pour l’école, je peux arriver à l’heure que je veux, il n’y a pas d’obligation. Il y a une grande liberté et chaque personne peut apprendre à son rythme, car il y a un professeur pour chaque étudiant. Et tout le monde peut assister aux cours : Amy, les gardiens, Fafa est venue quelques fois et même Feu-Foo aime bien s’y présenter, mais il n’y a pas grand monde qui aime sa présence.
J’avance donc tranquillement, les pieds nus dans les hautes herbes. Au loin, je peux voir des gardiens parler à des arbres ou à des fleurs. Beaucoup de gardiens ont décidé de rester ici, mais d’autres, comme Soli, aiment beaucoup retourner dans l’autre monde. Ils reviennent toujours ici, soit pour ramener d’autres gardiens, soit tout simplement car ils aiment être ici. Ils y en a même quelques-uns qui ont fait la connaissance d’humaines et se font un plaisir de leur faire visiter ce monde. Chaque fois je suis heureux pour eux, mais en même temps, je me demande toujours quand je vais pouvoir revoir Fë. J’ai même demandé à Passeur au moins tous les jours, mais lui-même ne semble pas savoir. Et il semble même que depuis quelque temps, elle est renoncée à chercher Passeur. Est-ce qu’elle s’est découragée, croyant en fait que ce n’était plus possible de revenir ici? J’espère vraiment la revoir…
Bien vite, j’arrive devant l’école. Amy est là qui m’attend. Elle court vers moi.
— Enfin, te voilà, je me demandais quand tu arriverais.
— Je voulais profiter un peu de la belle journée.
— C’est aujourd’hui, n’est-ce pas, que tu vas lire les dernières pages?
— Oui…
Elle me regarde d’une drôle de manière.
— Qu’est-ce qu’il y a?
— Tes oreilles… elles sont presque comme celles de Fë!
Je me touche les oreilles.
— Attends-moi, je reviens!
Et je cours vers l’auberge de Fafa. J’entre en coup de vent en passant proche de renverser Fafa elle-même.
— Qu’y a-t-il de s’y pressant qu’on ne prend même pas la peine de me dire bonjour?
Je me retourne vers elle et je l’embrasse sur les deux joues, mais sans perdre de temps, je me rends dans la chambre qui est réservée pour Fë. Je m’avance vers le miroir et là, je regarde mes oreilles. Bien qu’elles soient encore légèrement pointues, mes oreilles sont devenues comme celles de Fë… des oreilles humaines! Mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire?
Fafa entre à son tour dans la chambre.
— Je vois… tu ne serais pas en train de devenir humain, par hasard?
Je la regarde, tout étonné.
— Ça fait longtemps qu’elle n’est pas revenue, depuis le temps, elle aurait pu revenir.
— Qu’est-ce que je dois comprendre?
— Et bien… ce n’est peut-être pas à elle de revenir…
Si ce n’est pas à elle de revenir ici, alors…
Je sors de l’auberge sans dire au revoir à Fafa, mais elle a tôt fait de me rattraper. Elle me prend le bras.
— Écoute-moi bien, Sauvage, FëryKat et toi êtes faits pour être ensemble, que ça soit ici ou là-bas…
— Mais, je n’ai pas ma place, là-bas. Je n’ai plus de forêt à garder.
— Je sais. Tu as été un gardien de la forêt là-bas, tu as été le gardien de ce monde, tu as même été craint des habitants de ce monde. Fë est venue ici ne sachant pas pourquoi, mais elle t’a sauvé du monstre et de la sorcière. Elle a bravé tous les dangers pour toi et toi tu n’es même pas capable d’aller la voir et de lui dire!
— Lui dire quoi?
— Et bien que tu l’aimes et que tu veux être au près d’elle pour toujours!
Je réussis à me dégager et je me dirige vers l’école. Instinctivement, je porte mes doigts à mon bras. J’ai l’impression que ça me démange, qu’il faut que je me gratte. Je sens la colère monter en moi. Pourquoi a-t-il fallu qu’elle me dise ça? La journée avait si bien commencé, mais voilà que je me sens comme lorsque le monstre voulait faire son apparition, les cicatrices sur mes bras, la voix de la sorcière me culpabilisant. Je sais très bien que ce n’est pas ce que Fafa voulait, mais voilà, je ne me sens vraiment pas bien.
— Passeur!
Les larmes me montent aux yeux. Des larmes de rage. J’ai l’impression que je vais exploser.
— Ne garde pas tout en dedans, Sauvage, c’est comme ça que tout a commencé.
— Pourquoi? Pourquoi elle n’est pas là? Pourquoi elle a arrêté de te chercher?
— Cela te fait mal?
— …
— Répond-moi, Sauvage, cela te fait mal?
— Oui, dis-je en grondant.
— Bien. Dis-moi, que veux-tu, Sauvage?
— Je…
J’ai beaucoup de difficulté à garder mon calme. Qu’est-ce que je veux? Il veut savoir ce que je veux?!?!?
— Je la veux là, tout de suite.
L’écho de ma voix fait gronder le tonnerre. Les nuages recouvrent le ciel. Amy arrive en courant. Je vois bien sur son visage qu’elle a peur, mais elle ne disparaît pas pour autant. Elle s’approche même de moi. Elle me prend la main.
— Tu es fâché parce que tu ne peux pas voir Fë.
— Oui…
— Tu voudrais la revoir…
— Oui…
— Alors, tu as juste à demander à Passeur qu’il t’amène de l’autre côté et tu vas pouvoir la revoir.
— …
Je la prend dans mes bras. Les nuages laissent la place au soleil.
— Mais j’ai peur…
— De quoi tu as peur, Sauvage?
Et là, je sais exactement pourquoi je suis en colère.
— Les humains… ont détruit ma forêt. Et je n’ai rien pu faire. Après avoir vu les humains et leurs machines détruirent ce que je chérissais le plus au monde, j’ai errer sans trop savoir ce que je devais faire. Puis j’ai vu Fë. Mais elle est humaine. Je crois que je m’en voulais de vouloir être son ami… de l’aimer. Comment pouvais-je aimer une humaine quand je venais de perdre ma forêt à cause des humains. Mais c’était plus fort que moi. Et c’est ça ma plus grande peur : l’aimer.
— Mais Sauvage, ce n’est pas elle qui a détruit ta forêt.
— Je sais.
— Alors, allons à l’école et lis les dernières pages du journal de Fë. Quand ça sera terminé, va la voir et aime-la en toute liberté. Il n’y a personne qui va t’en vouloir de l’aimer. Aimer est la plus belle chose qui soit. Allons-y!
Elle me tire par la main et je la suis.
Devant la classe, je prends le journal de Fë et je l’ouvre à l’avant-dernière page. Je prends un grand respire et je lis :
« J’ai beaucoup pleuré. J’ai pleuré parce que j’ai perdu le chat de cristal. Puis j’ai pleuré parce que maman ne veut plus que j’aille dans la forêt. Puis j’ai pleuré parce que je ne pourrai plus revoir Sauvage. J’ai barré ma porte de chambre. Je l’entends, maman cogne à ma porte, mais c’est de sa faute, alors je ne veux pas lui parler. Pas tout de suite. Et j’ai mal, très mal, il y a un trou dans ma poitrine. Un trou sans fin que je ne peux pas remplir. J’ai essayé de retourner dans la forêt, mais maman me surprend toujours. Elle m’a à l’œil. Elle dit que c’est pour mon bien que même si je ne veux rien lui dire, elle dit qu’elle sait que quelque chose de grave m’est arrivée, elle dit que dans la forêt, c’est dangereux. J’ai essayé de lui dire que ce n’est pas dangereux dans la forêt, mais j’ai rien pu lui dire, je n’ai pas été capable. En fait, c’est vrai que c’est dangereux. J’ai remarqué que Sauvage avait de plus en plus ses colères, mais je ne comprends pas pourquoi. Et je ne me sens pas en sécurité, maman à encore raison, car quand Sauvage a ses colères, dans mon monde c’est la tempête. Et ça me fait peur. J’ai l’impression que Sauvage pourrait me faire du mal. Mais d’un autre côté, je suis sûre que Sauvage ne pourrait pas me faire de mal. Est-ce que je me trompe? De toute façon, je veux le revoir, je ne peux pas me résoudre à lui dire au revoir pour toujours. Mais on dirait que même ça, je ne pourrai pas lui dire. Il faudrait qu’il vienne ici, qu’il vienne me rejoindre… dans la réalité!Sauvage, vient me voir. N’entends-tu pas mon appel? »
Je referme le petit cahier. Je ferme les yeux. Et je sens, dans mon cœur, l’appel de Fë. Puis, j’ai une idée. La classe m’applaudit.
— Merci les amis, mais je dois maintenant vous quitter. Je vais aller la rejoindre.
Je regarde Amy. Elle me sourit. Je sors de la classe. Et je cours.
Je suis maintenant devant la caverne du dragon. J’entre d’un pas sûr et je me retrouve face à face avec lui.
— Et bien, voilà de la bien belle visite. Je vais enfin pouvoir manger.
— Pas aujourd’hui, dragon.
— Et pourquoi tu es là?
— Pour Fë!
— Encore! Et cette fois, c’est pour quoi?
Mais je ne prends pas le temps de lui dire. Je sais que le dragon peut me faire du mal, alors je le contourne, mais il ne se laisse pas faire et me barre la route avec sa queue.
— Alors elle est si importante pour toi que tu viens encore risquer ta vie pour elle.
— Oui…
Je monte sur sa queue et tout le long de son dos. Il fait un mouvement brusque et m’envoie sur le mur.
— Tu es fou au point de mourir pour elle.
— OUI!
Et je cours vers son trésor, mais il m’envoie ses flammes que j’évite de justesse.
— Dis-moi, Sauvage, dis-moi pourquoi?
— Parce que je l’aime!
Et cette fois je suis tout près de son trésor. Je vois ce que je suis venu chercher et je le prends sans attendre. Puis, je sors.
À l’extérieur de la grotte, je reprends mon souffle. Machinalement, je porte ma main jusqu’au journal, mais il n’est plus là. Je regarde l’entrée et j’entends le dragon dire :
— C’est le prix à payer.
— Garde-le, je n’en ai plus besoin. Tu seras le gardien du journal.
Puis, je cours de nouveau.
Me voilà près de l’arbre solitaire. Je touche de mes doigts le cœur graver sur l’écorce.
— Alors, Sauvage, tu t’es décidé?
— Oui. Amène-moi voir Fë.
— D’accord.
Et le blanc se fait tout autour de moi.
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18 juillet 2008
Chapitre 76 – Le temps passe et…
C’est l’été. Plusieurs mois ont passé depuis que je suis revenue. Et comme l’avait prévu Passeur, je n’ai pas pu retourner dans mon monde imaginaire. Pourtant, tous les jours sans exception, je l’ai cherché. Introuvable! Et chaque fois je retourne chez moi déçue. Mais je ne peux m’empêcher, le jour suivant, de l’appeler presqu’avec désespoir. Mais jamais il ne se montre…
Calli a eu beaucoup de difficulté à s’adapter. Ça lui a pris beaucoup de temps à se sentir chez elle et je m’en veux toujours un peu à chaque fois. Elle pourrait gambader librement dans les champs de mon monde imaginaire, mais au lieu de cela, je la garde chez moi. Je suis en appartement, donc c’est un peu compliqué de la faire sortir (et pour tout avouer, j'aime mieux qu'elle reste à l'intérieur). Elle aime par dessus tout regarder par la fenêtre et dans ces temps-là, j’ai l’impression qu’elle rêve de liberté dans les champs de blé. Elle aussi attend. Quoi? De revoir Sauvage, bien sûr!
J’ai essayé de me changer les idées, voir ce que je pourrais faire dans la réalité, me trouver un but, un rêve à réaliser, mais tout semble fade et sans intérêt. Je n’ai pas les pouvoirs magiques de Sauvage, moi! Je ne travaille pas, je n’ai pas beaucoup d’amis, les activités manquent ou sinon c’est l’argent qui manque (et la motivation, surtout!). J’ai essayé de voir la magie dans les petites choses, comme me l’a suggéré Passeur, mais dès que je vois quelque chose qui me fait sourire, le moment d’après, la réalité reprend ses droits sur moi et je suis incapable de me défaire de ce voile trop sombre qui m’embrouille l’esprit. Et de terribles pensées me torturent sans me blesser, mais laissent des marques profondes, invisibles pour les yeux, mais à vif lorsque je m’y attarde de trop près. Et chaque soir, la peine et les larmes ne peuvent s’empêcher de couler et ma gorge se serre un peu trop fort. Parfois, j’ai l’impression que mon monde imaginaire n’était seulement qu’un rêve et que Sauvage n’a jamais existé… et que j’ai trouvé Calli tout à fait par hasard dans la rue!
Aujourd’hui, il fait beau. J’ai l’intention d’aller me promener dans un petit sentier près de chez moi. Ce sentier longe une rivière et j’aime beaucoup m’y promener. Je me prépare, je prends un bain et je mange, puis je sors de chez moi sans oublier de dire au revoir à Calli et lui faire part de ce que je m’en vais faire. Cela semble la rassurer, mais qu’est-ce que j’en sais, je ne suis pas dans sa peau! Avouons plutôt que c’est MOI que ça rassure.
Dehors, il fait beau. Un ciel bleu où on peut y voir un soleil resplendissant et quelques nuages se déplaçant paresseusement. Tiens, il me semble y apercevoir un cheval-nuage! Une brise légère permet de tolérer la température qui se montre chaude et humide. Les fleurs se montrent de toutes leurs couleurs et les arbres semblent me chuchoter leurs secrets. Je m’attarde à regarder, à ressentir cette nature qui vit au rythme de la vie. Je peux toucher l’essentiel…
J’arrive sur le petit sentier. Tout près, une chute déverse férocement son eau et j’aime bien m’y arrêter pour voir ce spectacle. D’un côté, le calme d’une eau qui semble endormie et de l’autre, l’intensité de la chute. Comme cela ressemble un peu à ma vie : des moments de calmes plats, que j’aimerais ne pas connaître et des moments de pure joie que je voudrais qu’il dure plus longtemps… comme de revoir le monde de « rêves ». Mais en fait, Sauvage me manque… terriblement!
En pensant à lui, j’ai très envie d’appeler Passeur. J’ouvre la bouche, mais au moment où je veux parler, j’entends le chant d’un oiseau. Je le regarde. Il est noir avec les ailes bleues. Il n’est pas seul. Un autre oiseau le suit et ils s’amusent à se répondre en chantant. Je prends un grand respire. J’essaie une deuxième fois, mais aucun son ne sort. Pourtant aucun oiseau ne m’a interrompue. J’ai comme une révélation. Il faut que je lâche-prise, que j’arrête de chercher Passeur. Si j’ai à retourner dans mon monde et revoir Sauvage et tous les autres, ça arrivera, sinon, j’aurai à vivre d’autres aventures. Parfois à trop chercher, on passe à côté de ce qui est évident. Dans mon cœur, c’est tout léger. Puis, je retourne chez moi. J’ai trop hâte d’en parler avec Calli!
22:40 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
17 juillet 2008
Chapitre 75 – La réalité…
C’est une chose tellement affreuse de revenir dans la réalité… ma réalité, surtout lorsqu’on vient de passer plusieurs jours dans un monde enchanté et merveilleux, aux paysages paradisiaques, aux personnages imaginaires qu’on n’aurait jamais cru rencontrer en cher et en os et où se trouve Sauvage. Il est dur ce retour!
Je marche dans les rues de ma ville. Passeur est toujours à mes côtés et je tiens Calli tout contre moi, car elle a très peur ici. Je m’en veux de l’avoir amenée avec moi. Elle aurait été beaucoup mieux dans mon monde imaginaire. Mais elle est avec moi et je dois bien prendre mes responsabilités envers elle et surtout faire qu’elle se sente le mieux possible.
Je regarde Passeur. Il n’ose me regarder à son tour. Je sens qu’il est mal à l’aise. Passeur, mal à l’aise, ça fait trop bizarre.
— Qu’y a-t-il, Passeur?
— …
— Je t’en prie, je sais bien que tu me caches quelque chose!
— Tu ne pourras pas revenir, FëryKat…
— Quoi?!?!?! Pourquoi tu ne l’as pas dit?
— Je l’ignorais, mais maintenant, j’en suis sûr.
Je m’arrête. Je sens que je vais me mettre à pleurer, mais j'essaie de me retenir. Ne plus revoir Sauvage… non, ce n’est pas possible!
— Qu’est-ce qui te fais dire que je ne pourrai pas retourner dans mon monde?
— Je ne sais trop, mais il est sûr que même si tu essaies, je ne pourrai pas venir te chercher.
— Alors… la seule manière de revoir Sauvage est…
Je n’ose trop continuer ma réflexion. Je ne peux pas croire ce que vient de dire Passeur. Je prends une bonne respiration. Je ne sais comment, mais on va se revoir… J’en suis sûre!
— Peu importe, Passeur, je vais essayer tous les jours.
— Comme tu veux. Je sais bien que tu ne lâches pas si facilement. Sache seulement que ce n’est pas moi qui le veux ainsi.
— Je le sais bien. Il faut croire qu’on doit faire des choses chacun de notre côté avant de nous revoir.
— Tu penses vraiment que vous allez pouvoir vous revoir un jour?
— C’est mon monde, après tout. Comment pourrais-je ne pas y retourner?
Et je continue ma marche, décidée. Surtout que Calli s’est mise à trembler depuis que Passeur a parlé de l’impossibilité de retourner dans le monde des rêves. Ça va être dur pour toutes les deux.
Nous sommes tout près de chez moi. Passeur s’arrête.— Je ne peux pas aller plus loin.
— Merci Passeur, merci pour tout. Merci d’avoir cru en nous.
— Ça me fait plaisir. J’avais à le faire, c’est tout.
— Je ne peux pas croire que tout soit terminé…
— Un petit conseil, FëryKat : la magie est dans les petites choses de tous les jours.
J’entends un klaxon et je me retourne. Lorsque je viens pour parler à Passeur, il est déjà parti.
— Miaou!
— Je sais, Calli, on va rentrer tout de suite.
Je me dépêche de marcher jusqu’à chez moi. Je fouille dans mes poches pour y trouver la clé de ma porte. Je débarre la serrure et je m’engouffre dans mon chez moi. Je laisse Calli et elle va se cacher sous mon lit. Mes pieds semblent ne plus pouvoir me porter. Je vais quand même jusqu’à mon lit et je me laisse tomber. Et là, je me mets à pleurer.
19:37 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
11 juillet 2008
Chapitre 74 – À quand, la prochaine rencontre ?
Je regarde autour de moi. Je vais près de Solitaire et touche de mon doigt le nouveau « tatouage » sur son écorce. J’en ai comme un frisson. Je me tourne vivement, j’ai comme l’impression qu’elle est toujours près de moi.
Je quitte Solitaire et je me dirige vers le lac. Je vois les gens de l’autre côté de la surface, mais je n’ai aucunement le goût de fêter avec eux. Je vais donc près d’un bosquet et je me regarde sur la surface de l’eau. Rendu de l’autre côté, je regarde la foule de gens qui fête et sans être vu, je cours.
Et je cours. Je cours longtemps, un peu partout. Je connais ce monde comme le fond de ma poche. J’ai visité tous les endroits de fond en comble, tous les champs et les forêts, les montagnes et les cours d’eau. Ce monde est notre monde, à elle et à moi. Elle va revenir, j’en suis sûre. Et cette fois, elle ne m’oubliera pas !
Après, je me retrouve à l’entrée de mon jardin. C’est vrai, Fë y a laissé son journal. Comme de fait, il est sur le lit de feuille près de l’entrée, là où Fë avait déposé Calli pour la sauver, où Fë s’était retrouvée évanouie et où je n’avais rien pu faire pour l’aider. Comme je me suis détesté de ne pouvoir rien faire et de toujours lui faire du mal. Mais c’est fini, maintenant.
Je m’assieds sur le lit et je prends le journal. Bien sûr, je ne peux pas le lire, mais il y a beaucoup de dessin. J’en vois même un de moi et à côté, un cœur. Je referme le livre et le porte à mon propre cœur. Un jour, je pourrai lire son journal, du début à la fin. Et j’ai la conviction que lorsque je l’aurai lu en entier, ce jour-là, je vais revoir Fë. J’en suis sûr ! Mais pour ça, je dois apprendre à lire. Le cadeau de Fë me sera très utile. Quelle bonne idée pour l’école. Apprendre les choses humaines… avec plaisir !
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Chapitre 73 – Pourquoi dois-je partir tout de suite ?
— Vous êtes là, tous les deux !
C’est Amy qui m’a pris la main. Fafa se retrouve très rapidement près de Sauvage et le prend dans ses bras.
— Comme je suis contente, Sauvage, de pouvoir enfin te serrer dans mes bras. Regarde là-bas, un cadeau de Fë pour toi.
Et Sauvage regarde une belle bâtisse de briques blanches brillantes. Au-dessus des portes de l’entrée, il est indiqué : « L’école de Sauvage ». Il me regarde, étonné et émerveillé.
— C’est une école, pour toi et Amy et les gardiens des forêts disparues et pour tous les gens qui voudront bien y aller. C’est pour apprendre les choses humaines. Pour que tu puisses lire mon journal…
Il me prend dans ses bras et me fait tourner dans les airs.
— Mais c’est merveilleux, Fë. Et il est où, ton journal ?
— Je crois qu’il t’attend à ton jardin, sur le lit près de l’entrée.
Son sourire est si grand et si lumineux que je n’ai aucun doute que ça lui fait très plaisir. Puis, dans ses yeux je peux voir que c’est le temps de partir. Je cherche un endroit où je pourrai voir la foule au complet et il y a justement une scène surélevée non loin de là.
— Va m’attendre près de la patinoire… je veux dire du petit lac. Je vais faire mes adieux à tout le monde.
Il me fait signe qu’il a compris et s’éclipse en un clin d’œil.
Je me dirige vers la scène et un gentil monsieur habillé de noir et de blanc, à la façon d’un pierrot, m’aide à y monter. Devant toute cette foule, j’ai le souffle coupé. Les larmes me viennent aux yeux.
— Je dois vous dire au revoir, car je dois partir. Mais je vais revenir, vous pouvez compter la-dessus. Je vous aimes…
Et la foule crie et applaudit. Tout en leur envoyant des baisers, je saute par terre et m’éloigne suivit par la foule. Fafa vient me rejoindre, ainsi que Amy.
— Tu es toujours la bienvenue, ma chère FëryKat, alors reviens-nous vite, dit Fafa.— Oui, je veux que l’on continue de jouer ensemble et faire d’autres aventures, dit Amy.
— Moi aussi, Amy. Merci Fafa, merci pour tout.
Et je vais rejoindre Sauvage près du lac.
Près de lui, je regarde une dernière fois le village et tous ses habitants. Je remarque que Amy est à côté de deux personnes, ses parents. Ces derniers ressemblent étrangement à mes parents… des parents encore ensembles et qui s’aiment, ce qui n’est pas le cas dans la réalité puisque mes parents sont divorcés et que mon père ne veut plus avoir de contact avec moi depuis bientôt huit ans. Mais ici, ils s’aiment pour toujours !
Je regarde enfin Sauvage.
— Miaow !
— Calli, tu es là ! Tu vas vraiment venir avec moi. Tu es sûre, Sauvage ?
— Bien sûr et elle est d’accord.
Je flatte la chatte pour la remercier. Je la prends et avec Sauvage, nous regardons la surface de l’eau et bientôt nous nous retrouvons de l’autre côté. De ce côté, il n’y a plus personne, mais je peux les apercevoir dans le lac. Sauvage me prend la main et nous faisons le tour du lac pour nous retrouver près de l’arbre Solitaire. Celui-ci se met à pleuvoir de ses fleurs.
— C’est magnifique, Sauvage…
Je laisse Calli gambader dans l’herbe, tandis que Sauvage et moi s’approchons tout près de l’arbre. Il touche de sa main l’écorce de Solitaire. Il approche sa bouche et chuchote quelque chose. Puis, sur l’écorce, un cœur se force avec nos initiales à l’intérieur.
— J’avais déjà vu des humains en faire sur les arbres. Je ne savais pas ce que ça signifiait. Maintenant que je sais, j’ai demandé à Solitaire s’il voulait bien faire la même chose.
— Bonjour les enfants !
— Bonjour Passeur. Peux-tu me laisser encore quelques instants ?
— Il ne reste que quelques minutes. Faites vite !
Il s’éloigne quelque peu et Calli se place à ses côtés. Je me tourne face à Sauvage et nos mains se cherchent et se trouvent.
— Je…
Il me met un doigt sur la bouche. Mes yeux versent encore quelques larmes. Il me regarde droit dans les yeux où je peux apercevoir… rien d’autre que ses yeux verts, de magnifiques yeux verts et tout l’amour qu’il me porte. « Je t’aime. » Mon cœur reçoit cette pensée comme tant de bonheur et de joie.
— Il est l’heure, FëryKat…
Sauvage me lâche les mains et Passeur met la sienne sur mon épaule. Sauvage me sourit et sur mes lèvres il peut y lire un dernier « Je t’aime ». Calli me frôle la jambe et je la prends alors dans mes bras.
Tranquillement, le paysage devient de plus en plus flou et blanc, mais je peux encore voir Sauvage. Il n’a pas bougé. Il se tient droit, toujours un sourire aux lèvres, avec sa main levée pour me saluer. Je dépose Calli par terre et je cours vers Sauvage, mais je fonce droit sur un mur invisible. Sauvage a perdu son sourire.
— Sauvage, encore un peu, pourquoi ?
— FëryKat, il est temps de partir.
— Pas tout de suite, Passeur. J’ai besoin de lui. Pourquoi dois-je partir maintenant ?
— Je ne sais pas, mais c’est comme ça. Vous allez vous revoir, j’en suis sûr.
— Quand ?
— Je ne peux pas le dire, puisque je l’ignore.
L’image de Sauvage se brouille de plus en plus. Je pose ma main sur la surface invisible et il fait de même. Nos mains sont maintenant paume contre paume pourtant elles ne se touchent pas. Et dans ma tête, j’entends une dernière pensée de lui : « À bientôt et n’oublie jamais que je t’aime… » Puis, il disparaît.
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Chapitre 72 – De nouveaux amis
— Est-ce bien tous des gardiens de forêts, comme toi ?
— Oui, mais ils n’ont plus aucune forêt à garder. Puisqu’ici, il y a pleins de forêts, j’ai décidé de les faire chercher par Passeur. Ça fait parti de mon souhait.
— C’est merveilleux ! Ils vont pouvoir utiliser mon « rêve ».
— Tu ne m’as pas encore dit de quoi il s’agissait.
— Tu verras bien assez tôt. Et pour tes nouveaux amis, en viendra-t-il d’autres ?
— J’aimerais mieux que non, cela voudrait dire que plus aucune forêt ne serait détruite, mais j’ai bien peur que d’autres forêts seront encore détruites, mais il y en a un qui m’a dit tout à l’heure que les humains faisaient des efforts.
— J’espère bien…
Un des gardiens, de petite taille et à la peau de la couleur de l’orange, vient à notre rencontre.
— Bonjour ! Tu ne m’as jamais rencontré, mais j’étais le gardien de la forêt où se trouvait l’arbre solitaire.
— Ça veut dire que la forêt a été détruite…
— C’est vrai, mais malgré tout, je suis très content d’être ici. Mais je vais bientôt retourner dans la réalité. Je voudrais faire le tour du monde pour rencontrer les autres gardiens des forêts disparues pour leur parler de ce qui arrive. Les forêts sont très importantes, mais je sais aussi que les humains font des efforts. Il serait excellent que les humains et les gardiens fassent équipes, comme il y a si longtemps. S’ils travaillaient en collaboration avec les créatures de l’invisible, les humains pourraient guérir leur planète ! Les humains ont cessé de croire en notre présence. Mais certains, comme toi, croient encore en nous et sans même le savoir, nous aident à garder la nature en meilleure santé. Mais la Terre n’en peut plus, et Dame Nature se rebelle, elle fait le ménage. Ça peut paraître cruel, mais ça non plus, nous n’y pouvons rien…
— Puis-je faire quelque chose de mon côté ?
— Continue de croire en nous, en la nature et surtout en toi. Car c’est en toi que réside toutes les réponses ! Tu es très importante, tu as ta place sur la Terre et tu peux faire une différence. D’être venue ici, c’était un pas pour t’aider à guérir. Sans le savoir, cela a une répercussion sur la Terre. Si tous les êtres humains prenaient le temps de prendre soin d’eux-mêmes, comme tu l’as fait et que tu continueras de le faire, cela aura une influence positive sur les gens que tu rencontreras qui à leur tour se sentiront mieux et ça, la planète va le sentir. Toutes les créatures de la Terre, visible et invisible, sont connectées entre elle !
— Je suis désolé de t’interrompre, mais il ne reste plus beaucoup de temps à Fë, elle doit partir dans peu de temps. Et je crois qu’il y a encore quelques surprises pour elle.
— Et bien, au revoir, Fë et Sauvage. J’aimerais bien avoir un nom, moi aussi.
— Soli… tu t’appelles Soli. Je lui fais un clin d’œil. En l’honneur de l’arbre Solitaire. Il y en a un ici aussi, un arbre Solitaire. Il faudra que tu ailles le rencontrer.
— J’y vais de ce pas. Bien pensé pour le nom, j’aime beaucoup. Merci et j’espère te revoir un jour.
— Moi aussi.
Je fais un signe de main pour saluer tous les gardiens qui à leur tour me sourient, me font des signes de la main ou se mettent à rire. Puis, Sauvage me prend la main et se met à courir à la vitesse du vent.
— Sommes-nous si pressés ?
— Le départ est pour très bientôt. Mais il y a des gens qui veulent te dire au revoir.
Et je me laisse emporter par Sauvage.
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06 juillet 2008
Chapitre 71 – Faites vos « rêves »
— Il y a un peu trop de monde à mon goût.
— Oui, je sais, dit Amy qui vient de nous rejoindre. Ça doit être pour vous deux. Les gens sont contents, tout est redevenu comme avant.
On se dirige vers la scène et les gradins sont pleins à craquer. Un tonnerre d’applaudissements nous accueillent. Nous sommes seuls au milieu de la scène. Des serpentins, des ballons et des confettis descendent de la voûte. Je me mets à applaudir et à danser. Amy saute partout et Sauvage, ému, ne bouge pas. Je lui prends les mains et je danse avec lui. Amy se joint à nous et nous faisons une ronde. Puis, les ailes poussent et Sauvage et moi, nous nous envolons. Les gens applaudissent à nouveau. Amy nous envoie la main et je la vois disparaître. Et nous voilà dans le ciel !
Des dizaines de chevaux-nuages passent à nos côtés. Nous nous regardons.
— J’aimerais faire une course à tes côtés, Sauvage, sur le même cheval que toi !
— Avec plaisir ! En voici un juste pour nous.
Tout en nous tenant la main, nous chevauchons ensemble le cheval-nuage. Pendant quelques instants, mon cœur se met à battre à toute vitesse, car le cheval se montre très rapide. Je lance un cri dans le ciel et c’est à ce moment que nous retombons doucement vers le lit à rêves.
Couchés face au ciel, toujours main dans la main, nous nous regardons avant de fermer les yeux pour faire notre vœu. Tout d’abord, je me demande bien quel rêve je peux souhaiter, car la seule chose que je veux c’est de rester près de lui, mais je sais que pour l’instant c’est impossible. Alors, je me laisse aller, sans avoir d’idée précise et quelque chose se dessine dans mon esprit : le journal ! Oui, je souhaite que Sauvage lise mon journal, mais puisqu’il ne sait pas lire, je fais le rêve d’une école, « L’Ékol » de Sauvage directement au village, donc Amy pourra y aller aussi.
Lorsque j’ouvre de nouveau les yeux, je regarde Sauvage. Je me demande quel a été son rêve. J’espère que ce n’est pas trop dangereux !
— Tu as peur, n’est-ce pas ? Tu te demandes sûrement si mon rêve est dangereux.
Je me mets à rire, surprise qu’il puisse lire en moi de cette façon.
— Regarde…
Autour de moi, la neige s’est mise à fondre.
— Je voulais que tu puisses voir le printemps avant que tu partes.
— Oh ! Sauvage…
Et bien vite, la neige a totalement fondu. Il y a maintenant du vert partout et des fleurs se mettent à pousser par centaine. Dans le ciel, la Princesse du Printemps à l’aide d’un long ruban doré, fait tomber du ciel des pétales de toutes les couleurs. Des oiseaux la suivent et chantent, heureux de voir revenir le printemps. Partout autour de moi, je peux voir des papillons et de merveilleuses petites fées. Et pour finir le tableau, la licorne galope vers nous. Elle s’approche et Sauvage va tout de suite la serrer dans ses bras.
— Lya, peut-on voyager sur ton dos ? Je voudrais montrer un nouveau chemin à Fë.
Sans attendre, elle se baisse pour nous laisser monter. Je monte la première et Sauvage saute tout naturellement derrière moi.
— Un nouveau chemin ?
— Je crois que tu vas aimer.
Il se penche à l’oreille de Lya et cette dernière se met à avancer.
Nous avançons tranquillement. La température est maintenant plus chaude qu’en hiver, alors je décide donc d’enlever mon manteau. Après quelques instants, Sauvage descend de Lya et s’éloigne, pour ensuite disparaître dans la forêt. Je ne suis pas inquiète, je sais qu’il va revenir. Lya qu’en t’a elle, continue son chemin. Il y a des fleurs partout, mais plus on avance, plus les pétales s’envolent tout autour de nous. Et j’entends des rires. Je regarde tout autour de moi, mais ne vois personne. Puis Lya s’arrête. Elle me fait signe de descendre. Lorsque je suis par terre, elle me touche la joue de ses naseaux et elle s’en va. Par où dois-je aller ? Comme pour répondre à ma question, les pétales virevoltent dans les airs, pour ensuite prendre une certaine direction. Je décide donc de suivre les pétales!
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04 juillet 2008
Chapitre 70 – Au revoir Prince de l’hiver, au revoir Feu-Foo !
— Tu dois être content, Sauvage, de pouvoir les saluer de nouveau, s’exclame le Prince de l’hiver.
— Tu ne peux pas savoir comment !
Me sentant soudainement coupable, je ne peux m’empêcher de pleurer.
— Fë, tu vas bien ?
— J’arrête le traîneau ? s’interroge le Prince.
— Non… Je vais bien…
Sauvage m’entoure de ses bras.
— Je pense que je sais pourquoi tu pleures…
— C’est de ma faute…
— Arrête avec ça. Si tu es coupable, je suis aussi coupable que toi ! Mais puisque maintenant je suis libre, je me sens tellement bien que ce qui s’est passé avant n’a plus aucune importance. Ne le sens-tu pas dans ton cœur ?
Je lui fais signe que oui, je me sens bien. Mais ai-je le droit de me sentir bien quand…
— Tu as le droit d’être heureuse, Fë. Ce qui compte, c’est le présent…
Mais son sourire s’affaisse quelque peu.
— Bon d’accord, le passé ne me fait peut-être plus peur, mais le futur par contre… Tu seras loin de moi dans moins d’une journée ! Donc, oui, c’est le présent qui compte. À présent, profite du voyage Fë ! Regarde, les fées des neiges…
Je lève mon regard et tout autour du traîneau, des fées nous suivent. Il y en a tellement que je ne peux pas les compter.
— Elles viennent te dire au revoir, FëryKat, répond le Prince à ma question muette.
— Au revoir, petites fées.
Puis les voilà qu’elles s’envolent dans les bois.
Bien vite, nous arrivons devant le chapiteau du cirque. Sauvage aide Amy à descendre du traîneau. Calli, pour sa part, décide de rester sous les couvertures. Je m’approche d’elle.
— Tu vas rester avec le Prince ?
— Miaow !
— Tu veux toujours venir avec moi dans l’autre monde ?
Pour toute réponse, elle se met à ronronner.
— À tout à l’heure !
Je me tourne vers le Prince de l’hiver et je lui fait un gros câlin.
— J’ai été très heureuse de te revoir, Prince.
— Moi aussi, petite FëryKat. J’espère que j’aurai l’honneur de te revoir un jour.
— Oh ! moi aussi.
— Et moi, on m’embrasse pas ?
Je me mets à rire en entendant Feu-Foo. Je lui fais un câlin à elle aussi et elle me prend la main. De son doigt, elle touche mon poignet. Des flammes touchent ma peau, mais je ne sens pas de brûlure. Lorsqu’elle retire son doigt, je peux voir un petit tatouage : une petite flamme.
— Tu pourras revenir me voir quand tu veux, maintenant que tu as la marque de Feu-Foo.
— Et pourquoi moi j’en ai pas ? demande le Prince.
— Parce que j’ai pas encore décidé si tu étais mon ami.
— Espèce de menteuse !
Je les laisse à leur charmante dispute et le traîneau s’éloigne. Je leur fais encore un signe de la main. Je me rends compte à se moment précis que Amy ne peut pas faire la course des chevaux-nuages.
— Amy, comment pourras-tu retourner au village ?
— Ne t’inquiète pas. Tu te souviens de la dernière fois ?
— C’est vrai, tu étais revenue avant moi et Fafa t’avait disputée.
— Je sais, mais je ne pouvais pas y aller avec toi, donc j’avais juste à dire ma formule magique et je suis retournée à mon point de départ, c’est à dire chez moi, mais c’est le seul endroit où je peux me retrouver. Et ça tombe bien, car c’est là qu’on doit se rendre tout à l’heure.
— Maintenant que Fë a eu les explications, je crois qu’on est tous prêts pour aller s’amuser !
Et tous les trois, nous entrons dans le chapiteau !
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